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Le futur de la DSI à l’ère du digital

Le 19 avril 1985, Gordon Moore, cofondateur et premier dirigeant du groupe Intel, explique que la puissance informatique croît à une vitesse exponentielle : la puissance des circuits intégrés double à coûts constants tous les dix-huit mois. Et il semblerait que cette loi de Moore ne soit toujours pas obsolète. Mais alors, est-ce qu’un cerveau humain est capable de suivre cette évolution à la même vitesse ? Quel futur pour la Direction des Systèmes d’Information dans ce contexte ?

 

Une DSI, comment ça marche ?

Si l’on veut en donner une définition simple, la Direction des Systèmes d’Information est traditionnellement composée d’experts techniques chargés de piloter l’ensemble du système d’information de l’entreprise. Les clients métiers expriment des besoins et des attentes techniques que la DSI résout avec des solutions opérationnelles dont le coût est raisonnable et validé par le business. Elle doit installer, configurer et gérer la solution rapidement et de manière durable. La DSI a donc une autonomie de choix réduite malgré une connaissance technique aiguisée.

Côté organisation, une DSI répond à deux enjeux principaux : d’une part faire fonctionner le SI, et d’autre part le faire évoluer. Ainsi, la partie dite « run » couvre la production et l’exploitation du système d’information existant, elle est chargée d’en assurer le niveau de service attendu. La partie dite « build » couvre quant à elle les projets de transformation IT nécessaires pour faire évoluer le SI.

On peut donc identifier 4 rôles majeurs de la DSI traditionnelle :

 

  • Expertise technique : la DSI dispose d’une maîtrise technique des SI
  • Fournisseur de technologie : la DSI doit trouver des solutions pour faire fonctionner le système d’information à l’aide des technologies disponibles
  • Gestion informatique : la DSI est garante du bon fonctionnement du SI et du pilotage informatique
  • Fonction support : la DSI est en charge de la maintenance applicative et de l’assistance aux utilisateurs

Côté budget, la DSI est encore aujourd’hui souvent considérée comme un centre de coûts pour l’entreprise : elle est le lieu d’investissements peu rentables bien que nécessaires pour l’organisation, et les budgets engagés sont souvent plus visibles que les bénéfices retirés.

 

Les évolutions de la DSI

Mais cette vision évolue, et l’informatique est de plus en plus considérée comme un moteur de croissance pour l’entreprise et un domaine stratégique pour les CEO. Les conseils d’administration ont un rapport à la technologie différent : elle n’est plus seulement du ressort du service informatique mais a un potentiel de création de valeur. Auparavant perçue comme un centre de coûts, la DSI peut désormais constituer un centre de profits.

On assiste donc à l’émergence d’une fonction transverse de la DSI, qui peut participer aux choix stratégiques selon la volonté des dirigeants d’entreprise. Son rôle n’est plus simplement de gérer l’informatique, mais également d’aider l’entreprise à obtenir un avantage concurrentiel. Sa force de proposition est élargie puisqu’elle a une bonne connaissance des solutions disponibles et peut les suggérer aux clients internes.

Chez Wavestone, la DSI est déjà dans cet état d’esprit : après avoir repéré un problème d’accumulation de notes de frais non-traitées, la DSI en a notifié le Directoire, qui l’a laissé investiguer et piloter la réduction du stock. Après avoir identifié l’anomalie, la DSI a mis en place une solution qui a permis de réduire de 95% ce stock de notes de frais non traitées.

 

 

Les évolutions technologiques permettent également une évolution de la fonction de la DSI, et notamment les trois types suivants :

  • Le Cloud Computing, déjà adopté par la majorité des DSI, permet de réduire la charge de travail récurrente liée à la partie technique. Avec ce système, il y a beaucoup moins d’administration et de gestion d’infrastructure à assurer car ces tâches sont gérées par un prestataire externe. Il renforce le rôle de la DSI de centralisateur de services pour les utilisateurs, garante de la qualité et de la cohérence des services entre eux et avec la stratégie de l’entreprise. Libérée de la charge associée à la maintenance, la DSI peut alors se focaliser sur la valeur métier.
  • Si la DSI ne prend pas le pli de proposer des projets innovants et utiles au business en temps voulu, les collaborateurs peuvent être tentés d’utiliser des applications informatiques personnelles à des fins professionnelles pour répondre à leur besoin. Ce phénomène, appelé Shadow IT, peut poser des problèmes de sécurité et d’organisation à la DSI et parfois générer des incohérences dans les processus de gestion de l’entreprise. Il est donc primordial pour la DSI de se transformer, sous peine de voir le contrôle de l’IT peu à peu lui échapper.
  • Avec la digitalisation du business, la DSI doit avoir une architecture qui permet l’intégration facile et rapide des évolutions. Traditionnellement structurée sur un modèle pyramidal, elle doit évoluer vers un modèle plus agile, avec une organisation qui favorise l’intégration de l’IT et des métiers. Dans ce contexte, cela nécessite de la part de la DSI de renforcer sa vision transversale des enjeux business de l’entreprise et sa capacité à être force de proposition sur les innovations liées à ces changements. Cela renforce la dimension conseil et stratégique de son rôle. Cette nouvelle dimension sera d’autant plus efficace si le SI peut facilement évoluer et intégrer de l’innovation externe.

 

Le futur rôle de la DSI

Mais alors, pourquoi toutes les DSI n’ont-elles pas le même niveau d’avancement alors qu’elles ont le même accès à toutes ces ressources ?

Comme l’explique Stéphan MIR, DSI de Wavestone :

Tant que la DSI n’a pas des processus de base solides, elle ne peut pas innover.

 

 

Pour imager, on ne peut pas construire une maison sur des fondations fragiles.

On assiste donc à une différenciation des DSI, de 3 ordres :

 

 

 

Et pour passer du premier niveau au dernier, il y a 6 domaines dans lesquels le rôle de la DSI doit évoluer :

  • Étendre son rôle, et rassembler toutes les fonctions technologiques (CDO, CTO, CSO…)
  • Assister le business, en devenant une véritable partenaire stratégique de management de l’information
  • Permettre croissance et création de valeur
  • Promouvoir l’agilité des processus et des pratiques
  • Défendre la diversité
  • Créer et innover, en poussant l’esprit d’initiative dans ses équipes

Suite aux 4 rôles de la DSI traditionnelle exposés plus haut, on peut donc en identifier 4 autres complémentaires :

  • Stratégie IT : la technologie est un levier de la stratégie globale de l’entreprise, la DSI peut aider l’entreprise à obtenir un avantage concurrentiel en étant force de proposition par sa connaissance fine des solutions disponibles
  • Management de l’information : assurer la circulation de l’information à toutes les parties prenantes et créer un engagement
  • Pédagogie : profil hybride, connaissances techniques mais aussi fortes compétences comportementales pour accompagner les utilisateurs dans les changements
  • Innovation : le rôle de la DSI ne se limite plus à sa fonction support, elle constitue un composant clé de la chaîne de valeur, à laquelle elle doit apporter sa contribution notamment par l’innovation, aller chercher les meilleures technologies pour répondre aux besoins de l’entreprise.

 

Ainsi, si la DSI d’aujourd’hui est encore souvent considérée comme une fonction support chargée de la maintenance du SI, son rôle est amené à fortement évoluer dans les années à venir. A la fois poussée par les dirigeants d’entreprise qui ont compris la valeur que représente une DSI innovante et par les évolutions technologiques en cours, nous allons assister à une montée en puissance de cette fonction, qui prend désormais toute sa place dans la stratégie future de l’entreprise.

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