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Mission CES France : à la découverte des innovations de demain

Depuis 2002, la Mission CES a pour rôle de promouvoir la France lors du mythique Consumer Electronics Show, qui se tient chaque année à Las Vegas. L’ambition est double : faire rayonner les innovations françaises en encadrant une délégation de participants, mais aussi animer tout au long de l’année une communauté rassemblée autour de l’innovation. Nous nous sommes rendus au dernier rendez-vous de cette communauté, le 23 mai : une matinée de conférences organisée autour du thème “La consumérisation de tout”. Au-travers de cette thématique, un message clé : on n’est qu’au début. Oui, les choses s’accélèrent. Oui, tout bouge. Mais ce n’est que le début d’un mouvement de fond : le plus important est encore à venir, le stock de nouvelles ruptures n’a jamais été aussi large. Parmi les nombreuses innovations présentées, nous avons sélectionné quelques sujets ayant particulièrement retenu notre attention.

Cap sur une troisième vague d’intelligence artificielle 

Pour commencer, le cœur de toutes les discussions et débats : l’intelligence artificielle (IA). L’effervescence sans précédent que suscite ce terme, dans tous les secteurs, a donné à l’IA l’image d’une potion magique, capable de tout révolutionner, faciliter, fluidifier… Mais pour Bruno Maisonnier, CEO de Another Brain, il est important de démystifier l’IA telle qu’on la connait, pour pouvoir en comprendre toute la puissance qui reste à venir. Car l’IA d’aujourd’hui présente des caractéristiques qu’on tend à oublier. Tout d’abord, elle n’est pas nouvelle : il existe des projets de recherche en intelligence artificielle depuis plusieurs décennies et les algorithmes qu’on utilise actuellement ont été bien souvent écrits il y a plus de 20 ans. Ce qui est nouveau est le fait de disposer d’une puissance informatique telle qu’il est possible de faire tourner ces calculs et d’en “industrialiser” l’utilisation. Aussi, l’IA d’aujourd’hui n’est, finalement, pas si intelligente que ça. Elle nécessite une main humaine, lui apprenant ce qu’elle doit retenir : la machine est capable d’intégrer des informations, qu’elle saura réutiliser pour reconnaître des éléments, les catégoriser, trier, déceler des anomalies… On est, finalement, assez loin d’un cerveau artificiel capable de ressentir, comprendre ou apprendre de lui-même.

Cette “véritable” intelligence artificielle, qui comprend et qui apprend, sera pour Bruno Maisonnier l’objet de la troisième vague d’IA, que l’on peut attendre dans les prochaines décennies. Cette intelligence sera, elle, vraiment intelligente, voire autonome : la machine sera capable de comprendre ce qui est en train d’arriver, d’apprendre par elle-même des situation vécue, et de traiter automatiquement ce qu’elle reçoit.

L’avènement du cognitif : vers du “brain-commerce” ?

Une autre tendance de fond, pointée du doigt par plusieurs intervenants mais tout particulièrement Xavier Dalloz, créateur de la Mission CES, est celle d’un retour en force du cognitif. Après des années passées à mettre de côté l’humain en tant qu’être de raison, à le voir “simplement” comme consommateur, l’intérêt est retrouvé pour le raisonnement, la récolte et création de connaissances. Les décisions sont, de manière générale, de plus en plus informées. En réaction, les entreprises cherchent à récolter les avis des clients sur tout ce qu’ils font, à comprendre puis même à anticiper leurs comportements, leurs envies, leurs besoins… On se dirige, en quelque sorte, vers du “brain-commerce” qui se place au plus proche possible de la conscience.

Le désir de comprendre les raisonnement humains peut même aller plus loin.  L’électroencéphalographie (EEG) consiste à mesurer l’activité électrique du cerveau pour en faire des conclusions sur le ressenti de l’homme : une suractivité peut témoigner d’un état de stress, de peur, de bonheur… Plus concrètement, l’EEG pourra, demain, mesurer en temps réel les réactions d’un client à un objet ou une situation qui lui est présenté(e), afin d’adapter les propositions qui lui sont faites. Par exemple, grâce à cette technologie, un retailer pourra analyser les micro-expressions des visages des clients en magasin pour leur proposer des tenues maximisant leurs réactions de bonheur et de satisfaction.

Les FinTech et la blockchain au service de la réduction des inégalités

Un autre hot topic du moment est la blockchain, technologie capable de transmette des informations de manière entièrement transparente et sécurisée. Pour Marion Laboure, économiste à Harvard, la blockchain et plus globalement le secteur des FinTech, portent une véritable promesse dans la lutte pour la réduction des inégalités. De nombreuses initiatives se développent dans le monde, témoignant de l’impact positif que peuvent avoir les FinTech et la blockchain sur la vie quotidienne. Un exemple concret, et déjà en place, est celui des camps de réfugiés situés en Jordanie. En 2017, le Programme Alimentaire Mondial a lancé le dispositif Building Blocks, pour répondre aux besoins des 660 000 réfugiés syriens arrivés en Jordanie. Ce projet, lancé en expérimentation, permet de faciliter l’achat de denrées alimentaires par le biais d’une technologie blockchain : dans les magasins, un système de reconnaissance permet d’identifier chaque individu, d’accéder à son porte-monnaie virtuel, et de payer les denrées sans aucun support matériel. En janvier 2018, plus de 100 000 réfugiés avaient accès au système. Le bilan étant très positif, la prochaine étape est maintenant d’étendre l’accès à 500 000 personnes.

Plus généralement, pour Marion Laboure, ces technologies auront dans les années à venir un impact énorme dans des domaines tels que le financement des retraites, la lutte contre la fraude fiscale, l’amélioration des services publics, mais aussi l’apport de solutions de paiement pour tous, le financement de microentreprises ou encore l’amélioration des infrastructures de collecte d’impôt et de redistribution dans les pays émergents.

Le tourisme : un monde en transformation

Pour terminer, Sophie Lacour, experte en prospective et Directrice Générale d’Advanced Tourism, proposait lors de la matinée un tour d’horizon de projets innovants dans le tourisme, secteur de plus en plus en vogue dans les salons dédiés à l’innovation et aux nouvelles technologies.

Parmi les technologies phares citées, la réalité mixte envahit le secteur du voyage : celle-ci vient répondre à un problème existentiel des voyageurs, celui de vouloir s’assurer qu’ils ne seront pas déçus de leur expérience, une fois sur place. Ainsi, Amadeus propose un parcours complet de réservation en réalité virtuelle, Club Med une immersion dans leurs plus belles destinations et de plus en plus de musées à travers le monde proposent d’expérimenter l’art d’une façon nouvelle avec la réalité augmentée.

Plus futuriste, l’eye tracking – l’étude, le suivi et l’analyse du regard via la pupille – deviendra un outil clé pour suivre des clients et interagir avec eux d’une nouvelle manière, tout au long de leurs parcours. De nouveau dans le cas d’un musée, des informations contextualisées pourront être apportées au visiteur, en fonction de l’oeuvre regardée à un instant t. Il en va de même pour la visite d’une ville, qui pourra devenir entièrement interactive et personnalisée à l’extrême.

Finalement, le tourisme est un secteur où apparaissent un nombre croissant de robots. Depuis un certain temps déjà, il existe au Japon des hôtels tenus par des brigades de robots. Demain, ceux-ci pourront ranger des lits, effectuer le room service, guider les clients et répondre à leurs questions. L’idée n’est pas de supprimer l’humain mais de recentrer son travail sur des tâches à plus forte valeur ajoutée, tel que le fait de donner des conseils.

 

La matinée s’est finalement ouverte avec une présentation de jeunes startups ayant déjà un pas dans l’avenir, que ce soit via la création d’une nouvelle génération de réalité augmentée, l’exploitation de systèmes ouverts et de la blockchain pour ouvrir l’accès au secteur de la réservation, de nouvelles méthodes de compression et de calcul pour l’intelligence artificielle… Autant d’exemples qui montrent qu’en effet, il semblerait qu’on n’ait encore rien vu.

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