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A quand le transport de MaaS ? – Partie 1 : Imaginons

Imaginons.

Imaginons un monde où il n’y aurait plus de voitures personnelles, mais des véhicules autonomes commandés grâce à une simple application, et qui nous transporteraient là où nous voulons aller.

A la première lecture, on croirait lire le pitch d’Uber. Mais le mot important, et qui pourrait rendre un futur sans voiture personnelle possible, c’est « autonome ».


Aujourd’hui, on peut distinguer principalement 4 modes de transport motorisés pour un citadin : les transports en communs, les taxis / VTC, les voitures personnelles et les voitures de location.

Tentons de les classer, très approximativement, selon les critères suivants :

  • A à B : capacité du transport à mener le plus directement possible d’un point A à un point B
  • Disponibilité : capacité du transport à être disponible au moment où l’on en a besoin
  • Travail : capacité du transport à laisser son passager vaquer à d’autres tâches
  • Ecologique : capacité du transport à minimiser son impact sur l’environnement
  • Confort : capacité du transport à offrir un voyage agréable (place, promiscuité, bagages…)
  • Economique : plus le prix pour aller de A à B est faible, plus le transport est économique

On aurait alors un tableau qui ressemblerait plus ou moins à ça :

Transports en commun Voiture personnelle Voiture de location Taxis / VTC
A à B – – + + + + +
Disponibilité – – + + – – – + + +
Travail + + – – – – – – + + +
Ecologique + + + – – – +
Confort – – + + + + + + + + +
Economique + + + + – – –

Les transports en commun sont les plus écologiques et les plus économiques. Ils permettent dans une certaine mesure de travailler pendant le transport. En revanche, l’utilisateur est fortement tributaire de leurs horaires, et ils font rarement le porte à porte.

La voiture personnelle permet d’aller de A à B, mais encore faut-il aller la chercher au départ et réussir à se garer à l’arrivée. Elle est par définition toujours disponible, sous réserve qu’on ne soit pas loin d’elle. Mais elle n’est ni économique, ni écologique : restant la plupart du temps au parking, ses coûts d’acquisition pour le porte-monnaie et de production pour la planète sont considérables.

La voiture de location peut souvent se montrer plus rentable pour le porte-monnaie, et un peu plus écologique car son utilisation plus importante amortit l’impact de sa production. En revanche, selon le type de trajet et le véhicule loué, sa disponibilité et sa capacité à aller « de A à B » peuvent être fortement amoindris par la nécessité d’aller la chercher chez le loueur.

Les Taxis et VTC enfin, sont un peu le saint Graal. Quand on veut, où on veut, en faisant ce qu’on veut… Écologiquement, ils ne sont pas au niveau des transports en commun, mais ils ont le mérite d’avoir un coût de construction bien rentabilisé vis-à-vis de leur utilisation. Leur plus gros défaut, c’est d’être dans une gamme de prix qui les relèguent pour la plupart des portefeuilles au rang de transport exceptionnel.

Finalement, ce qu’il nous faudrait, c’est un taxi sans le coût du chauffeur.

Sans chauffeur ?


Imaginons.

Imaginons un monde où il n’y aurait plus de voitures personnelles, mais des véhicules autonomes commandés grâce à une simple application, et qui nous transporteraient là où nous voulons aller.

Dans ce monde, quand on aurait besoin de se déplacer, on commanderait le véhicule adapté. Ni trop petit, ni trop grand. La plupart du temps, parce que le réseau connaîtrait nos habitudes, le véhicule serait déjà en attente pas loin, et il lui faudrait moins de 5 minutes pour venir à notre porte. Et bien sûr, pas besoin de tourner en rond pour se garer une fois le trajet terminé, le véhicule partirait transporter un autre utilisateur.

Mais en cas de besoin particulier –une voiture de luxe pour une soirée prestige ou un mini van pour des vacances en groupe– il serait aisé de passer commande à l’avance. Finie l’époque où l’on fait ses courses en monospace sous prétexte d’avoir une famille nombreuse. Finie celle où, pour partir en vacances, 5 amis doivent se serrer dans une 4 places et demi pleine de bagages.

Dans ce monde, le nombre de véhicule serait drastiquement réduit. Associé au fait que nous n’aurions plus besoin d’utiliser des véhicules surdimensionnés par rapport au besoin, nous pouvons espérer de belles économies pour la planète, tout en offrant une meilleure expérience à l’utilisateur. En effet, les véhicules n’étant plus réservés à une personne précise, nous pourrions utiliser tout l’espace disponible dans les parkings souterrains et de tranquillement stocker hors des villes les véhicules qui ne tiendraient pas sous terre. D’où une libération de l’espace piéton, permettant par exemple de remplacer les places de stationnements par des pistes cyclables ou des arbres.

Imaginons encore un peu plus.

Nos véhicules, fortement connectés, auraient la possibilité de réutiliser les anciennes lignes de métro en tant que voies rapides à haute vitesse. Ils pourraient s’y insérer automatiquement et poursuivre leur route à vive allure, synchronisés avec les autres véhicules.

Pour des trajets longue distance, nos véhicules pourraient s’atteler les uns aux autres et être tractés par des motrices à hautes vitesses sur ce qui est aujourd’hui notre réseau TGV. Ceci est d’autant plus crédible qu’aujourd’hui, le coût énergétique pour tracter un TGV est largement plus dû au train lui-même qu’à ses passagers (qui représentent moins de 10% du poids total). Un « train » modulable permettrait donc d’augmenter la fréquence des voyages sans pour autant provoquer des voyages « à vides », écologiquement et économiquement coûteux.

Mais quid de la faisabilité ?

Les nouveaux types de véhicules (électriques et autonomes) étant plus chers à l’achat mais moins à la consommation (prix au kilomètre plus faible de l’électricité et meilleure éco-conduite), leur mise en commun pourrait rendre le projet économiquement viable (c’est à dire moins cher à service équivalent que l’offre de transports actuelle), en plus d’être écologique et d’améliorer l’expérience utilisateur.

Par ailleurs, le projet ne nécessite pas pour fonctionner que tous les utilisateurs basculent sur ce nouveau mode de consommation en même temps, ce qui ne serait ni réaliste (personne ne veut mettre à la casse sa voiture si elle fonctionne encore), ni souhaitable tant économiquement qu’écologiquement. Économiquement, car l’investissement initial pour la ou les entreprises qui s’empareraient de ce marché serait démesuré ; et écologiquement, car la production d’une nouvelle voiture propre est plus polluante que l’utilisation d’une voiture moins propre mais déjà produite.

Ce monde porte un nom.

Mobility as a Service.

MaaS.


Ce monde, je l’avais déjà décrit il y’a quelques années. Alors étudiant, on m’avait demandé d’imaginer la rencontre entre un besoin et une technologie. 
La contrainte tenait dans une citation de Sergey Brin :

Si ce que vous faites n’est pas vu par certains comme de la science-fiction, ce n’est probablement pas une transformation suffisante

Dans un prochain article, je vous rapporterai ce que j’ai pu découvrir lors de la Maddy Keynote. Nous essaierons de répondre à la question suivante : en 2018, cette transformation relève-t-elle toujours de la science-fiction ?

En attendant, laissez-nous votre avis : selon vous, ce monde relève-t-il de l’utopie ou de la dystopie ?

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