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PowerApps : Programmer sans coder ? L’essor du “Citizen Developer”

Le développement du mobile et l’exploitation massive de données ont créé des opportunités pour les entreprises d’innover et de développer leurs bénéfices. Proposer de nouvelles stratégies « produit » plus proches des consommateurs et transformer les organisations et processus internes n’ont jamais été aussi simples et rapides.

Dématérialisation, mobilité en entreprise, ouverture de l’écosystème SI, amélioration de l’expérience client, … sont toutes des problématiques rencontrées par de nombreuses sociétés.  Ces dernières se sont données l’objectif d’investir de plus en plus de ressources et de moyens dans le développement d’applications mobiles et web pour accroître l’efficacité de leurs métiers tout en réduisant leurs coûts et en améliorant la satisfaction de leurs salariés et partenaires.

Pour répondre à cet objectif, les équipes métiers doivent faire face à un monde extrêmement complexe évoluant très rapidement. Les solutions progiciels du marché ne suffisent plus et du développement informatique spécifique devient nécessaire.

Cependant, depuis ces dernières années, des solutions de type “low code” voir “no code” envahissent le marché des logiciels et des applications proposant un nouveau paradigme. Parmi ces solutions, PowerApps se distingue en offrant la possibilité à des non initiés à l’informatique de développer leurs propres solutions digitales.

Néanmoins, peut-on se passer de développeurs informatiques pour implémenter ces solutions spécifiques ? Tendons-nous vers un fonctionnement sans codeurs, voir sans DSI ? Le rôle des DSI va-t-il devoir évoluer dans cette nécessaire transformation digitale ? PowerApps : Une révolution digitale ?

Développer sans coder

Disponible depuis novembre 2016 de manière officielle pour certains types d’abonnés office 365 (business premium, entreprise et essentials), PowerApps est une solution Microsoft permettant de générer automatiquement et rapidement des applications métiers web et mobile personnalisées à partir de sources de données pré-sélectionnées par les utilisateurs. Parmi ces sources, on distingue le célèbre Sharepoint, le service Common Data (solution cloud de Microsoft adaptée à PowerApps), une base de données de type SQL Server, Salesforce, SAP, Dynamics 365, Excel (dans un compte de stockage sur le cloud), Dropbox …

PowerApps crée des templates d’applications en se basant sur des jeux de données issus des sources de données. Ces templates sont par la suite personnalisable. L’interface utilisateur ressemble très fortement à celle de Powerpoint, à ceci près que les boutons, indicateurs et autres éléments de contrôle sont liées à des données et à des actions utilisateurs type (ouverture/fermeture de fenêtre ou de pop-ups, soumission de données,  envoi d’un email, etc…). Des « méthodes » et « fonctions » peuvent être crées à l’image de celles utilisées dans Excel. Tout un workflow peut ainsi être crée de manière simplifiée et à la portée de tout utilisateur.

La solution de Microsoft peut s’utiliser sur de multiples système d’exploitation dont Android et IOS et facilite le partage d’application entre collègues de travail (il suffit de taper une adresse e-mail pour partager votre application) et entre matériels (smartphones, tablettes, PC).

De multiples cas d’usage métiers

Exemple d’un questionnaire utilisé en entreprise développé avec Power Apps
Exemple d’un formulaire de demande de congés

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PowerApps permet aujourd’hui d’élaborer des applications concrètes en entreprise comme des estimateurs de coûts pour soumettre des propositions précises en mobilité, des formulaires dématérialisés en ligne, des inspections de site, des outils de suivi de budget … et adresse tous les types de métiers.

De multiples cas d’usage métiers peuvent être adressés, à moindre coût avec une flexibilité inégalée tant sur le plan du développement applicatif que sur l’animation de groupe de travail métier.

Une communauté active recense chaque jour de nouvelles idées d’application à forte valeur ajoutée proposant des tutoriaux immersifs mais également des conseils et bonnes pratiques pour développer sans coder proprement.

  L’essor du « Citizen Developer»

Dans cette course à la « transformation digitale » que mène toutes les sociétés, chaque employé à désormais son rôle à jouer.

De plus en plus « agile », chaque métier collabore de manière plus étroite avec les équipes DSI pour développer des solutions métiers plus rapidement et plus proche du besoin final. Les échanges sont simplifiés mais mobilisent la plupart du temps des ressources externes aux entreprises possédant très souvent l’essentiel du savoir-faire. Partant de ce dernier constat, un concept intéressant a vu le jour, celui du « Citizen Developer ».

Les 3 avantages du citizen developer

En effet, le Citizen Developer est un utilisateur final qui crée lui-même ces applications à partir des outils offerts par sa DSI. Plus à même d’appréhender le vrai besoin métier, le Citizen Developer s’affranchit d’éventuels intermédiaires (AMOA, MOE, …) en développant son application à la carte tout en respectant les règles de sécurité imposées par la DSI. Des économies importantes sont réalisées tant sur le plan de la mobilisation de ressources que sur le plan du développement de l’application.

Une récente étude a été menée par QuickBase Inc. sur le phénomène de « Citizen Developer » et à démontrer que développer soi-même son application en utilisant des solutions telles que PowerApps prenait un maximum de 2 semaines contre plusieurs mois pour une application mobile développée de manière « classique ». Les « backlogs » ou liste de fonctionnalités entre chaque version applicative sont simplifiés et les montées de version sont plus fréquentes car moins coûteuse en temps de réalisation et en ressources.

PowerApps : Une remise en question du rôle des DSI  ?

L’essor du modèle de « Citizen Developer » et des solutions “low codes” posent la question de la légitimité du développeur informatique et du mode de fonctionnement actuel rencontré dans les développements classiques de logiciels et d’applications d’entreprises.

La « Consumérisation » de l’IT, une fausse bonne idée ?

Le mode de fonctionnement actuel tend à la « consumérisation » de l’IT, c’est-à-dire le mélange d’applications à la fois personnelle et professionnelle.

Le phénomène du « BYOD » (« Bring your own device ») est de plus en plus favorisé car il permet des économies drastiques et une amélioration de la productivité en permettant aux employés de directement utiliser leurs matériels informatiques personnels au travail tout en pouvant travailler à distance.

Le « BYOA » (« Bring Your Own Application ») n’est qu’une suite logique au BYOD et établit une culture de la responsabilité informatique individuelle en permettant l’utilisation de logiciels/applications tierces non fournies par les DSI. Avec Powerapps ou d’autres solutions low codes, le « DYOA » (« Develop Your Own Application ») fait son apparition et rend de plus en plus autonome les utilisateurs qui développent eux-mêmes leurs solutions informatiques.

Néanmoins, même si l’utilisateur final gagne en liberté « digitale », l’hétérogénéité et l’indépendance des solutions  posent aujourd’hui la question de l’efficacité des équipes sur le long terme qui doit en priorité se mettre d’accord sur leurs processus métiers avant de devoir considérer un développement de type DYOA. Par ailleurs, la multiplication de matériels et d’applications impliquent une plus grande difficulté à gérer un parc informatique et un patrimoine applicatifde plus en plus dense, générant des problèmes de contrôles des coûts, de maintenabilité mais surtout de sécurité et d’intégrité.

Finalement, le développement autonome d’application ne peut que favoriser un autre phénomène connu des DSI, celui du « Shadow IT », dont les effets néfastes sont aujourd’hui bien identifiés:

Les problématiques de sécurité : Selon une étude menée par Appian, une des plateformes de “low code”, plus de deux tiers des 500 DSI interrogés estiment que cette approche pose des problèmes de sécurité et d’intégrité. Pour 73% d’entre eux, la préoccupation majeure réside dans l’utilisation de mauvaises données (commerciales ou financières) pour réaliser des applications métiers.

Les problématiques de contrôle et d’intégration des données : Problématique autour de la gouvernance, supervision des flux, connexion des données avec les systèmes d’information.

La communication entre DSI et métier, clé du succès de la transformation digitale

Consumérisation ou non, le réel problème vient du manque de communication entre les DSI très rigides dans leurs processus et les métiers déçus des solutions informatiques mises à leur disposition.

L’arrivée des solutions “low codes” relancent le débat du rapprochement des équipes techniques SI et des équipes métiers qui est sans aucun doute d’une nécessité absolue.

De manière à éviter des déséquilibres dans le fonctionnement interne des entreprises, des structures et méthodes de travail adéquates favorisant ce rapprochement permettent de fluidifier les échanges et surtout rendre le développement de logiciels et d’applicatifs participatifs. Parmi ces méthodes de travail, on distingue la très connue méthode « Agile » avec une place grandissante pour les « Product Owner » issus des départements métiers qui collaborent avec les équipes DSI.

Face au DYOA, les DSI doivent accompagner les futurs « Citizen developers » en les formants et sensibilisants aux nouvelles technologies mais aussi aux bonnes pratiques informatiques. Des tutoriaux et un accompagnement du changement personnalisé sont des éléments minimisant les risques de « Shadow IT ».

Un bon accompagnement et une collaboration plus étroite métier/DSI ne pourra que favoriser les futures collaborations entre « non codeur » et « codeurs » permettant de créer non seulement des solutions plus rapidement mais complètes et avancées.

La DSI doit donc assurer son rôle de coordinateur, de facilitateur entre un métier 2.0 et des développeurs qui doivent nécessairement repenser leur rôle dans tout le processus de développement logiciel.

Quel va être le nouveau rôle des développeurs face à l’arrivée massive de solutions” low codes” ? Ce métier va-t-il disparaître au profit des citizen developers ? Nous traiterons de ce sujet dans un prochain article en proposant d’interroger directement un développeur d’applications mobiles et tablettes sur ce nouveau phénomène en pleine expansion.

 

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