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Ask.fm: la percée fulgurante d’un réseau social controversé

Ce nom ne vous évoque rien ? Il s’agit pourtant du 3ième réseau social français, en temps passé, derrière Facebook et Twitter. Créée en 2010 en Lettonie, cette plateforme séduit surtout les ados en quête de sensations fortes sur la toile. Son succès fulgurant (1,3 millions de français en mars 2013, quatre fois plus qu’en octobre 2012 selon Médiamétrie) est cependant entaché de nombreux dérapages à l’étranger. Retour sur Ask.fm, cette plateforme la plus « underground » du moment, et les enjeux qu’elle soulève.

 

« Demander et répondre » : un principe simple plébiscité par des ados toujours plus jeunes

S’inspirant de son concurrent californien FormSpring, Ask.fm affiche un principe simple: «les personnes communiquent entre elles principalement en posant et en répondant à des questions», explique le cofondateur Mark Terebin.

L’utilisateur peut uniquement poster s’il s’agit d’une réponse à une question qu’on lui pose. 30 millions de questions et réponses sont ainsi quotidiennement échangées entre les membres. 

Si l’âge minimal requis sur Ask.fm est de 13 ans, de nombreux écoliers et collégiens mentent pour contourner la règle et se créer un compte. « Son côté sous les radars fait même partie de l’aventure. C’est un frisson de plus », analyse pour Le Monde le psychiatre Patrick Huerre.

Côté usager, un collégien de 14 ans explique ce qui l’a séduit : « Le concept m’a plu. On peut voir ce que les gens pensent de soi ». 

 

Un succès fulgurant grâce au recrutement viral

Il partage rapidement son expérience à ses 300 « amis » Facebook. Ces derniers, à leur tour, pourront rejoindre et communiquer –gratuitement- sur la nouvelle plateforme.

C’est grâce aux réseaux sociaux, formidables relais d’information, qu’Ask.fm doit son succès si rapide. Il séduit aujourd’hui 53 millions d’internautes dans le monde, contre 5 millions en Avril 2012, pour devenir le 10ème réseau mondial derrière les américains Facebook, Twitter, Tumblr et autres chinois QQ ou Weibo.

Véritable service mondialisé, il est disponible en plus de 20 langues.

En seulement deux ans, le jeune CEO de Ask.fm Ilja Terebin peut se vanter de diriger une entreprise rentable. La plateforme se rémunère grâce aux revenus publicitaires et à divers services payants, comme des cadeaux virtuels. 

 

Un succès planétaire qui n’est pas sans cacher de graves dérives

Si Ask.fm se présente comme « un outil qui aide les gens à communiquer entre eux » (Mark Terebin), il est source de nombreux dérapages sur la toile.

Le fonctionnement du site veut que le nombre de réponses reçues soient comptabilisées, donnant ensuite lieu à un classement entre membres. « Il faut donc faire du trash pour être remarqué et générer des réponses. C’est un véritable pousse-au-crime » déplore Pascale Garreau, responsable du programme Internet sans crainte.

S’ajoute à cela la trop faible protection des utilisateurs : tout nouvel inscrit accepte, par défaut, de recevoir des messages anonymes. Sans surprise, ils sont la première source d’insultes et de harcèlements.

Pour couronner le tout, ces messages injurieux sont visibles par tous. Comme l’explique Mme Garreau, « en s’inscrivant, tout membre accepte la diffusion mondiale des informations sur le Web». 

C’est ainsi que le site Letton s’est retrouvé mêlé au suicide de 5 à 6 adolescents, tous victimes de harcèlement sur sa plateforme, « même si aucun lien de causalité n’est prouvé » précise la responsable du Safer Internet center britannique Laura Higgins.

Des cas de pédophilie liés au réseau ont aussi pu être remontés à l’échelle européenne.

 

L’enjeu de la sécurisation des données au cœur de ce nouveau phénomène social 

De nombreuses helplines (services d’assistance téléphonique) de protection de l’enfance s’insurgent et demandent la suppression de cette activation par défaut des messages anonymes.

En France, si les forces de l’ordre n’ont reçu que quelques signalements, Ask.fm fait désormais partie des « cibles intéressantes » pour la gendarmerie nationale. Mais à ce stade, sans réelle coordination ni pression internationale, seules les autorités lettones peuvent agir.

Cependant, suite à une enquête du quotidien Le Monde, la CNIL française annonce « vouloir saisir son homologue letton pour obtenir plus d’information » quant aux paramétrages des comptes d’Ask.fm. « L’usager autorise Ask à publier tous les contenus sur le Web. Même s’il est possible de mettre quelqu’un sur liste noire pour ne pas recevoir ses contributions, aucun paramétrage n’existe pour limiter l’accès à ses cercles d’amis, ce qui n’est pas conforme aux recommandations des CNIL européennes ».

Malgré les nombreuses attaques dont il fait l’objet, Ask.fm ne semble pas vouloir reculer, bien au contraire : le site vient de déclarer, via son fil Twitter, le lancement d’une application disponible sur Android et iOS. Une nouvelle annonce sujette à polémique ? Affaire à suivre ! 

 

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