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L’innovation frugale : faire plus avec moins

Nous vivons dans un monde en pénurie suite à la raréfaction des ressources et d’un pouvoir d’achat en baisse. C’est pour pallier à cette problématique qu’émerge le concept de l’innovation frugale : « Faire plus avec moins ».

Le concept trouve d’abord son origine du mot populaire indien « Jugaad », c’est-à-dire mettre en œuvre une solution ingénieuse, simple (sans superflu), peu couteuse et efficiente répondant à un besoin essentiel local sans entraver la qualité.

L’innovation frugale s’inscrit dans le modèle « bottom of the pyramid » : proposer une offre adaptée en prix, destinée aux populations les plus pauvres ayant un accès limité aux biens de grande consommation. Dans le cas de l’innovation frugale, il s’agit de couper dans les coûts de R&D, pour proposer au consommateur un produit moins cher. L’innovation frugale a depuis traversé les frontières pour inspirer les entreprises occidentales cherchant à innover de manière durable et abordable.

 

Un concept qui favorise l’économie circulaire

Dans ce contexte économique, les entreprises repensent leur chaîne de valeur de manière circulaire. Dès la conception du produit, on limite au maximum l’utilisation des ressources naturelles et tout en priorisant l’emploi d’énergies renouvelables, une stratégie moins coûteuse pour les entreprises et plus respectueuse de l’environnement dont s’inspire fortement la logique d’innovation frugale.

Le schéma illustré ci-dessous, reprend les principes de l’économie circulaire selon les sept piliers qui interviennent au cours des trois grandes étapes de la chaîne de valeur :

[1]

Une forme d’innovation mobilisant les collaborateurs et clients des entreprises

Au-delà d’une chaîne de production plus verte, avec ces nouveaux enjeux et modèles économiques, les entreprises doivent aussi sensibiliser et former leurs ressources internes au concept de l’innovation frugale.

Pour réaliser des économies sur des coûts en recherche et développement, elles peuvent faire appel à leurs collaborateurs à travers des collectes d’idées réalisées sous forme de concours ou d’appels à contribution. Les meilleures idées sont récompensées sur l’aspect humain et financier. Le client lui-même peut être mobilisé pour co-créer et tester le produit.

Une intégration en interne réussie de l’innovation frugale, nécessite un accompagnement opérationnel et managérial des meilleures innovations, de leur initiation jusqu’à leur mise en œuvre.

 

Quelques exemples dans les secteurs de l’énergie et du transport
Le concept d’innovation frugale est mis en application dans plusieurs secteurs, notamment dans l’énergie et le transport, illustrée ici à travers 3 cas d’usage.

Kit Revolo

En 2008, alors qu’il était coincé dans les embouteillages de Mumbai, Tejas Kshatriya a eu l’idée du kit « Revolo » qui permet de convertir n’importe quelle voiture thermique classique en hybride électrique rechargeable, plus respectueuse de l’environnement, économe en carburant avec de bonnes performances.

Ce dispositif fait suite à une collaboration entre la société de conseil KPIT Technologies qui a développé et breveté cette technologie, et l’entreprise Bharat Forge qui assure sa fabrication, son assemblage et intégration.

Ce kit Revolo se compose de la manière suivante :

  • Un moteur électrique d’une puissance de 7,5 à 10 kW, placé dans le compartiment moteur, et fixé au vilebrequin à l’aide d’une courroie et d’une poulie alimentant directement la transmission. On évite ainsi le remplacement coûteux des composants de cette transmission.
  • Un régulateur de moteur.
  • Un bloc batterie composé de batteries au plomb-acide à régulation de soupape pouvant produire une tension de 48 volts. Il ne nécessite aucun entretien et est fiable. Le système est capable de fonctionner avec différents types de batteries : lithium-ion ou plomb.
  • Un assemblage mécanique et un couplage.
  • Un logiciel propriétaire et un système de gestion de batterie intelligent qui identifie le moment où le moteur thermique gaspille du carburant, ce qui fait fonctionner le moteur électrique et optimise l’efficacité et la durée de vie de la batterie. Ce processus fonctionne simultanément en synchronisation, ce qui augmente son efficacité énergétique et réduit les émissions.

Grâce à ce kit, Revolo peut également reproduire le freinage par récupération qui existe déjà pour les voitures hybrides et électriques. Lors d’une décélération, le véhicule va produire de l’électricité grâce à l’élan conservé et les roues vont entraîner le moteur électrique. On diminue alors la consommation électrique et on augmente son autonomie d’environ 10%.

Aujourd’hui commercialisée en Inde, cette technologie a fait ses preuves. Les tests de pré-conformité menés par l’Association de la recherche automobile de l’Inde ont confirmé que ce kit permettait d’améliorer de plus de 40% l’efficacité énergétique globale, et de réduire les émissions de gaz à effet de serre de plus de 30%

Dacia – Logan

En 2004, Renault a lancé la production d’un véhicule low cost, la « Dacia Logan». Vendue en Europe de l’ouest pour 5 000€, elle est uniquement équipée des composants garantissant la sécurité (robustesse) et le confort (spacieux) des usagers. Outre l’équipement basique sans options superflues, ce prix de vente se justifie par la réduction des frais de conception, notamment en récupérant des pièces d’autres modèles de la marque (ex : les poignées de portes), mais aussi des coûts de production (ex : le pare-brise est pensé avec un seul rayon de courbure).

Aujourd’hui, cette série est la plus rentable du constructeur automobile et représente près de 45% de ses ventes. Commercialisée à travers 44 pays, elle comptabilise plus de 5 millions de clients.

En 2014, le groupe Renault continue sur cette lancée, avec un nouveau modèle ultra low cost : la « Kwid ». Vendue dans les pays émergents, cette voiture citadine est plus performante et facile à conduire que ses modèles concurrents. Pour atteindre le prix de vente de 3 800€, le constructeur automobile a effectué une rationalisation extrême des outils de production, un allègement des matières premières (réduction des câbles, goujons de roues…) et s’est adapté aux normes de sécurité locales plus basiques (pas d’ABS airbags, EPS). Aujourd’hui, ce véhicule représente 80% de vente du groupe sur le marché indien et continue à s’exporter dans d’autres pays émergents.

Quarnot Computing – Q.rad

Les serveurs d’ordinateurs localisés dans les datas center génèrent beaucoup de chaleur et sont climatisés en continu pour éviter la surchauffe, ce qui entraîne des pertes de CO2 et des surcoûts.  Ils consomment 2% de l’énergie mondiale, dont 50% en climatisation.

Face à ce constat, Paul Benoir, ingénieur polytechnicien et fondateur de la start up Quarnot Computing, a mis plus de 10 ans pour développer « Q.rad » : mi radiateur, mi ordinateur. Il a eu l’idée de délocaliser et dissimuler ces serveurs d’ordinateurs derrière ce radiateur high tech. En 2018, il s’associe avec le groupe Casino pour les installer au sein de ses entrepôts et réserves des magasins.

Connecté à Internet, Q.rad diffuse gratuitement la chaleur émise par ses processeurs chargés de faire du calcul informatique.  Grâce à ces derniers, il réduit l’empreinte carbone de 78% par rapport aux data centers traditionnels, puisque sa plateforme s’affranchit des coûts de construction, climatisation et maintenance auxquels ils sont habituellement soumis. De plus, avec ses nombreux capteurs, l’appareil offre une expérience smart-home complète sur le suivi de la qualité de l’air, la détection de présence, le déclenchement d’alertes, ou encore la reconnaissance vocale.

 

[1]. Appel à projets Économie Circulaire Région / ADEME Centre-Val-de-Loire

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