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A QUAND LE TRANSPORT DE MAAS ? – PARTIE 2 : RETOUR SUR LA MADDY KEYNOTE 2018

Le 1er février se tenait la Maddy Keynote 2018 : « Embarquement vers la cité du futur ».

Dans un article précédent, je vous avais décrit un futur où la mobilité serait transformée. A l’occasion de la Maddy Keynote 2018, j’ai pu voir si ce monde imaginaire allait un jour devenir réalité.

Aujourd’hui, je partage avec vous ce que j’ai découvert lors de cette Keynote. Je vous présente les éléments qui m’ont le plus marqués, avec un minimum de transformation, pour conserver les nuances et différences qui peuvent exister dans les différentes visions et projets.

la vision SNCF

Pour Rachel Picard, Directrice Générale de Voyages SNCF, la Mobility as a Service est déjà en train de devenir une réalité. Avec son offre TGV Max, la SNCF permet à ses abonnés de voyager toute l’année en illimité (à l’exception des heures de pointes). Aujourd’hui, c’est 100.000 abonnés et plus de 4 millions de voyages. 

Madame Picard nous partage quelques verbatim de ses clients tels que « Je prends le TGV comme le métro : sur un coup de tête », et « Le TGV est le nouveau transport des amoureux ». Pour la génération Y, qu’elle décrit comme « connectée » et « illimitée », la MaaS semble naturel. 

La SNCF a bien conscience que la mobilité ne passe pas uniquement par les trains : covoiturage, VTC, autopartage sont aussi de la partie. Mais la mobilité collective, c’est la raison d’être de la SNCF et c’est un terrain sur lequel elle compte innover, comme en témoigne sa prise de participation dans Hyperloop One, le moyen de transport porté par Elon Musk qui veut atteindre sur Terre la vitesse de l’avion, en plus propre… 

La vision RATP

Autre représentante des transports en commun, Marie-Claude Dupuis, Directrice Stratégie Innovation Développement du Groupe RATP, nous partage sa vision de la Smart City qui se résume en 4 points forts :  

  • Silencieuse et saine,  
  • Sobre,  
  • Fluide et facile à vivre,  
  • Solidaire. 

Chez la RATP, ils ont déjà commencé à convertir leur 5000 bus en une flotte qui sera 100% propre à l’horizon 2025. L’aspect « silencieux et sain » est en effet fortement lié à ces nouveaux modes énergétiques moins bruyants et polluants que nos actuels moteurs thermiques. 

La RATP partage la vision de la SNCF sur un monde plus fluide avec cet objectif du transport « porte à porte ». Mais comme pour la SNCF, la RATP se reconnaît d’abord dans le transport de masse, avec ses 12 millions de voyageurs. Ceci dit, « ça ne suffit pas et il faut combiner les deux ». 

Elle met aussi en avant la bataille qui nait entre les GAFA, qui ont technologies et argent, et les constructeurs automobiles, qui voient le futur sans véhicule individuel avec inquiétude. Pour elle, la RATP a sa carte à jouer sur ce terrain. 

Le futur de la mobilité à la RATP ?

Elle revient sur le « facile à vivre » de la Smart City. On observe un changement de paradigme sur ce que doit être le « transport ». Jusqu’à présent, le temps de transport était du temps « perdu », et les transporteurs essayaient donc de le réduire au maximum. Mais aujourd’hui, l’objectif est de rendre le voyage utile et agréable, comme par exemple avec la 4G dans le métro. 

Si sa vision du « facile à vivre » va dans le sens du monde que je décrivais, madame Dupuis soulève néanmoins un point important : on aime à imaginer une flotte de robot taxi, qui nous permettrait d’économiser 50% de son coût, à savoir le chauffeur.  

Mais elle nous met en garde contre ce raccourci facile. Si personne ne conduit, il faut quand même une flotte de personnes pour surveiller. « Les automatismes, on connaît un peu », comme en témoignent les lignes de métro 14 et 1.  

La question devient alors : pourra-t-on un jour rendre les véhicules réellement autonomes et non pas automates ?

La vision TOTAL

Philippe Montantème, Senior Vice President Strategy Marketing Research TOTAL Marketing & Services, nous partage maintenant sa vision sur l’énergie. Sur l’énergie au sens large, insistant sur le fait que Total n’est pas seulement une entreprise du pétrole. 

Pour commencer, il définit ces 3 caractéristiques nécessaire pour former une bonne énergie alternative : abordable, disponible et propre. 

Aujourd’hui, 60% du pétrole est utilisé pour la mobilité. La baisse de la consommation de pétrole pour la mobilité aura donc un impact visible sur la consommation totale. 

Le premier point que monsieur Montantème illustre est que, selon les modes de transport, certaines énergies sont plus pertinentes que d’autres : 

  • Pour les avions, on ne peut pas pour l’instant se passer de l’énergie fossile 
  • L’énergie électrique est pertinente pour les bus et les voitures 
  • Le gaz est intéressant pour les poids lourds 
  • L’hydrogène est aujourd’hui utilisé avec succès pour un train français roulant en Allemagne
  • Le GNL (Gaz Naturel Liquéfié) va permettre de propulser 9 portes-containers de CMA-CGM 

Bref, contrairement à la vision « grand public » du tout électrique, il n’y a pas une unique alternative aux énergies fossiles, mais un ensemble de solutions complémentaires. 

Concernant le véhicule lui-même, la voiture était au début un symbole de liberté. Mais aujourd’hui, c’est surtout un grand embouteillage. On compte 1 milliard de voitures en circulation à l’heure actuelle. En 2040, les projections sont de 1.8 milliards.  

Ceci s’explique quand on sait qu’il y a en Inde 23 voitures par millier d’habitants ; en Chine 123‰ et aux Etats-Unis 769‰. Et Inde et Chine évoluent plus vers les chiffres des USA que l’inverse.  

Aujourd’hui, seul 0.3% des voitures sont électriques. Et les projections prévoient qu’au maximum, un véhicule sur trois sera électrique à l’horizon 2040. Mais alors, comment réduire drastiquement la consommation d’énergies fossiles ?  ce n’est pas le passage à l’électrique qui aura le plus gros impact, mais bien les gains d’efficacité : rouler plus avec moins. 

Par ailleurs, pour monsieur Montantème aussi, le MaaS est la solution d’avenir : « le virage important, c’est de passer d’un modèle de propriété à un modèle d’usage ». Ainsi, la voiture de demain sera ACES : Autonomous, Connected, Electric & Shared.

Du côté des start-up

DRUST

Alors que Philippe Montantème a évoqué sur scène que le plus impactant n’était pas tant le passage à l’électrique que les gains en efficacité, je découvre au niveau des espaces start-up Drust.  

Drust propose un petit appareil qui se branche sur la prise « diagnostique » du véhicule et communique avec le smartphone. Grâce à Drust, un coach en conduite va vous aider à vous améliorer pour faire des économies de 20 à 30% de carburant. 

Si Drust explique que l’éco-conduite permet des économies comparables à la conduite électrique, on peut surtout se prendre à rêver de véhicules autonomes qui appliquerait grâce à Drust des règles d’éco-conduite électrique, pour pousser encore plus loin les économies d’énergie. 

WATTWAY

Juste après le stand de Drust, je remarque au sol un étrange revêtement. Il s’agit de Wattway, des panneaux solaires à appliquer sur la route, créés par l’entreprise Colas.  

L’exploit consiste bien sûr à avoir réussi à rendre des fragiles panneaux solaires capable de résister à des véhicules de plusieurs tonnes et à l’usure provoquée par leur passage.  

On aimerait imaginer nos véhicules de demain dotés d’une autonomie infinie car ils se rechargeraient par induction sur des autoroutes équipées de Wattway. Cependant, la faiblesse d’un panneau solaire réside dans sa dépendance au soleil… Sur une autoroute fréquentée, l’exposition serait bien faible.  

Ainsi, Wattway est une technologie qui fait plus sens sur les routes de campagnes, pour fournir de l’énergie sans devoir se relier au réseau électrique urbain. Et sans impact supplémentaire sur les paysage. 

ESPRIT

Le nouveau projet européen pour réinventer la mobilité

ESPRIT est un projet européen, réalisé par un consortium d’une vingtaine d’entreprises, coordonnées par le CEA de Grenoble.  

Sur le papier, le projet est très simple : une voiture emboîtable qui ne craint rien. 

La cible n’est pas Paris, mais plutôt les petites villes de province pour faire le dernier kilomètre. Le but est de favoriser l’émergence de l’autopartage en faisant baisser les coûts de celui-ci. En effet, le coût principal de l’autopartage vient du manutentionnaire chargé de rééquilibrer le parc en déplaçant les voitures. Avec ESPRIT, 1 unique manutentionnaire suffit pour déplacer plusieurs voitures. 

Mais si un seul manutentionnaire suffit, c’est grâce à la capacité des voitures de coordonner leur déplacement. En effet, faire se mouvoir ces trains pouvant atteindre les 8 véhicules a nécessité une certaine dose de R&D. 

Ces petites voitures sont aussi particulièrement pratiques pour ce qui est de la recharge. Branchées les unes aux autres, il suffit tout simplement d’en charger une pour les charger toutes en même temps. 

Alors, ESPRIT sera-t-il le véhicule de mon monde du futur ? Pas tout de suite si j’en crois mon interlocuteur. Déjà parce qu’il n‘existe pour l’instant que 3 véhicules, qui feront l’objet de démonstrations publiques à Lyon et Glasgow en Aout et Septembre 2018. Mais surtout parce qu’à ses dires, les véhicules complètement autonomes en ville, ce n’est pas avant 2040… 

Alors, qu’en est-il de mon monde du futur ? Rêve ou réalité ?  

La Maddy Keynote 2018 a laissé entrevoir de beaux projets et de belles visions concernant la mobilité. Ce qui est certain, c’est que « mon » monde est loin de n’être le fruit que de « mon » imagination : il semblerait que ce soit une tendance que beaucoup ont identifié.  

D’ailleurs, il est intéressant de noter que le Model 3 de Tesla semble être une voiture taillée pour le partage. Aucun bouton à l’intérieur, tout est intégralement contrôlé par la tablette de bord. On imagine facilement la voiture reconnaître son conducteur du moment et remettre la configuration des sièges et de l’ordinateur de bord automatiquement au goût du passager du moment. Cette idée de « voiture partage » est d’autant plus crédible qu’elle possède une caméra interne. Autrement dit l’occasion rêvée de pouvoir s’assurer que les passagers du moment ne fassent pas de bêtises au sein du véhicule. 

Et en parlant de caméra, j’en arrive à la conclusion de mon article.  

J’aimerais terminer en mettant en lumière un point que Christiane Feral-Schuhl, avocat associé, a évoqué lors de l’une des dernières conférences de la journée. En nous racontant l’histoire d’Adelaide qui viendrait s’installer à Futura, ville du future, Christiane nous rappelle les dangers qui peuvent aller de pair avec les avancées technologiques.  

Et si cela n’a pas été évoqué au cours de cette journée, nous savons tous que ces nouveaux modèles où l’intelligence artificielle devient prépondérante vont soulever de nombreuses questions éthiques, que ce soit dans le domaine de l’impact sur l’activité humaine et l’emploi, ou la responsabilité dans les prises de décision. 

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