L’économie collaborative : Quelles évolutions à prévoir ? (2/2)

Si l’économie collaborative n’était au départ rien d’autre qu’un élan d’entre aide, elle tend aujourd’hui à se professionnaliser et à générer des bénéfices parfois supérieurs aux activités dites classiques. La principale raison ? Le digital.  Sans en être un véritable prérequis (le covoiturage existait bien avant Blablacar par exemple), il permet surtout de démultiplier les échelles, d’augmenter l’efficacité des plateformes collaborative et de passer dans une véritable logique économique.

De nouvelles grilles de lectures pour repenser la chaîne de valeur

Comme nous l’avons vu en première partie, la création de valeur des plateformes collaboratives passe avant tout par 5 activités clés : attirer les prosommateurs, les former, gérer leur comportement, les aider à interagir ensemble et enfin les assurer dans leur échange. Ces activités, si elles sont créatrices de valeur par la plateforme, nécessitent évidemment de la confiance entre les acteurs, c’est-à-dire entre la plateforme et les utilisateurs mais également entre les utilisateurs eux-mêmes.

 Nouvelle grille de lecture de l'économie collaborative
Nouvelle grille de lecture de l’économie collaborative

On obtient donc des représentations théoriques de la création de valeur bien différentes des schémas classiques auxquels nous sommes habitués. Les questions centrales des plateformes collaboratives concernant leur business model évoluent donc :

Canvas d’Osterwalder façon économie collaborative
Canvas d’Osterwalder façon économie collaborative

Des évolutions sur 3 angles

Au-delà des nouvelles grilles de lecture, nous avons analysé l’évolution de l’économie collaborative sous différents angles pour mieux comprendre sa mutation. Différents facteurs sont à prendre en effet en compte.

L’évolution de l’écosystème

L’écosystème de l’économie collaborative intègre de plus en plus de nouveaux acteurs. Nous remarquons en effet que les acteurs historiques de différents secteurs se diversifient de plus en plus vers une deuxième activité liée à l’économie collaborative loin de leur cœur de métier.

C’est le cas notamment pour Facebook, acteur majeur de l’intermédiation et de la mise en relation d’individus, qui a récemment lancé les « For sale groups », des groupes Facebook qui, en plus de la traditionnelle fonction « publier », intègrent un bouton « vendre ». Ce service inclue des services de covoiturage, d’échange d’appartements et de vente d’articles diverses. Avec ses 1,4 milliards d’utilisateurs actifs, Facebook se positionne comme un sérieux concurrent de l’ensemble des plateformes d’économie collaborative, type Leboncoin.

De son côté, la Maif, acteur engagé de l’assurance dans le collaboratif a lancé sa propre plateforme collaborative pour ses sociétaires. Cette plateforme réunit différentes startup autour de l’écosystème de la Maif. Les sociétaires peuvent désormais partager des véhicules, de la connaissance, des services, des financement ou bien des objets. La Maif entend se positionner avec cette plateforme comme un vulgarisateur de l’économie collaborative auprès de ses clients.

 

L’évolution du cadre juridique

Le cadre juridique qui régit l’économie collaborative évolue principalement avec le rapport Terrasse. Ce document remis par le député Pascal Terrasse en Février 2016 au ministre de l’économie Emmanuel Macron, contient 19 propositions autour de trois grands thèmes : la transparence des plates-formes, les évolutions du travail et du droit associé, la fiscalité et la démocratisation de l’économie collaborative. 3 de ces propositions sont structurantes :

  • Fiabiliser les conditions de référencement des offres : Faire apparaître le détail du prix (commissions, frais de dossier…), le caractère exhaustif ou non des contenus affichés, le caractère payant ou gratuit du référencement…
  • Fiabiliser les avis en ligne : Informer systématiquement le consommateur que les avis postés ont été vérifiés par la plateforme et potentiellement sélectionnés parmi d’autres moins élogieux
  • Créer un « espace de notation » des plateformes : Comparer les plateformes collaboratives via un site internet de notation dédié et ouvert à tout le monde pour informer les consommateurs des différentes pratiques (référencement, de CGU, fiabilité des avis…)

L’évolution technologique

La mobilité, le big data, les objets connectés et autre réalité virtuelle catalyseront indéniablement le développement de l’économie collaborative sur les 5 prochaines années.

L’essor des objets connectés a permis notamment à la start-up française Koolicar de se lancer. Le principe est simple : le client pourra louer la voiture d’un particulier sans jamais s’échanger les clés. Un boitier connecté est installé dans la voiture du particulier qui donnera l’accès au client à distance. Simple et efficace. La startup Ouicar, soutenue par la SNCF, a lancé le même concept avec son offre Ouicar Connect.

L’IoT et a également permis l’explosion de la quantité de données et la création de startup comme YouDrive avec le principe « Pay How You Drive » basé sur du big data. On peut imaginer ce type de services allié à Blablacar pour fournir – en plus des avis postés par les co-voitureurs – des données sur la conduite du conducteur; des données par essence plus factuelle et digne de confiance.

Toutes ces évolutions et ces changements liés aux bases de l’économie collaborative nous amènent à penser que ce modèle économique n’est pas encore à bout de souffle.

Un modèle qui a de l’avenir

Oui, l’économie collaborative est une révolution dans le monde des entreprises : à court terme, elle impose de nouveaux géants dans des secteurs clés comme le transport, l’hébergement ou la gastronomie. À long terme, elle oblige même à repenser les rôles de chacun des acteurs, de la plateforme de service au prosommateur.

Pour autant, tout n’est pas aussi simple : l’économie collaborative suppose (comme toutes les économies de plateforme) une masse critique et il est fort à parier qu’elle se développera plus difficilement dans les zones moins denses. Elle suppose aussi de réfléchir à la finalité de l’entreprise collaborative. Tout n’est pas uberisable, tout ne peut pas être partagé et la fermeture récente de Take it Easy combinée aux difficultés de Foodora, Deliveroo à devenir rentables prouvent que la question du modèle d’activité est encore en débat…

C’est peut-être d’ailleurs là qu’est la réponse : non pas une mais des économies collaboratives, à la carte. Le secteur de la restauration en est un bon exemple et les modèles sont nombreux : Avekapeti, Nevereatalone, Yelp, UberEats sont autant de manière de collaborer selon différentes approches.. Il est donc temps de ne plus voir l’économie collaborative comme un secteur uniforme mais bien comme une nouvelle manière de penser la création de valeur, se déclinant à l’infini selon les besoins des prosommateurs….

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