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Quand un logiciel caché ébranle l’empire VolksWagen

indexAprès les multiples rebondissements d’un scandale qui n’en finissait plus d’éclabousser le constructeur allemand, Martin Winterkorn, PDG de Volkswagen depuis 2007, a démissionné. Comment l’utilisation d’un si petit logiciel illégal a-t-il pu avoir de si grandes conséquences sur un groupe industriel aussi solide que VolksWagen ? Retour sur une affaire où l’innovation ne joue pour une fois pas le beau rôle.


C’est l’histoire d’un petit logiciel d’à peine quelques mégaoctets, composé de quelques lignes de codes et qui peut s’installer directement dans l’ordinateur de bord d’une voiture Volkswagen à l’image des dizaines d’autres logiciels qui sont chargés d’analyser en temps réel les performances d’un véhicule. Ce « Cheat Switch » comme le nomme la presse anglo-saxonne, est toutefois doté d’une particularité étonnante : il est invisible et indétectable, même aux yeux d’un expert. Et pour cause, ce logiciel développé par la marque allemande et embarqué sur les quelques 11 millions de voitures signalées par VW est totalement illégal.

Un logiciel permettant de berner les tests de pollution

Son mode de fonctionnement est simple : dans un premier temps, Switch détecte lorsqu’un ingénieur se raccorde au véhicule et s’apprête à faire passer à la voiture un test de pollution. Une première étape qui, bien entendu, est déjà illégale. Mais vient ensuite le cœur du scandale : dans un second temps, le logiciel active un AECD (Auxiliary Emission Control Device), autrement dit un processus chimique qui permet de fortement réduire les émissions de dioxyde d’azote de la voiture et ce pendant un cours laps de temps. L’expert qui procède au contrôle n’y voit que du feu, les rejets polluants de la voiture sont faibles et donc conformes aux normes, il n’a donc aucune raison légitime de s’inquiéter. Le test se termine et Volkswagen reçoit un certificat de conformité. Le tour est joué. La voiture peut ensuite être vendue sur le territoire, et circuler normalement… quand bien même ses émissions sont en réalité 10 à 40 fois supérieures aux normes imposées aux USA !

1158499_le-diesel-victime-collaterale-de-laffaire-volkswagen-web-tete-021348188650Le scandale nait donc de l’utilisation de ce petit logiciel qui permet à une voiture polluante d’être étiquetée comme conforme. On peut dès lors se demander comment et pourquoi les organismes de contrôle type EPA (Environmental Protection Agency) ont ainsi pu passer à côté de la supercherie qui a sans doute été responsable de l’émission de millions de tonnes de gaz polluants dans l’atmosphère durant ces dernières années. « Ce type de capteur n’a rien d’inhabituel, explique Matt De Lorenzo, analyste chez Kelley Blue Book, une société américaine spécialisée dans la recherche automobile. « Aujourd’hui, les voitures enregistrent des données en permanence comme la vitesse, la détérioration des pneus ou même le temps qu’il fait ». L’analyste va même plus loin en citant le chiffre fou de 20 millions de lignes de code existant dans l’ordinateur de bord d’une voiture VW. On comprend dès lors comment Switch a pu passer inaperçu aux yeux des experts tant la présence de logiciels embarqués dans les voitures est désormais courante et ne peut légitimement pas éveiller les soupçons.

 

ICCT entre dans la danse

Cette fraude impressionnante qui a permis à VW de pénétrer le marché américain avec des voitures polluantes, aurait pu durer encore de nombreuses années. En effet, comme le souligne Frank O’Donnell, président de Clean Air Watch, une organisation d’intérêt public qui a pour objectif l’amélioration de la qualité de l’air : « Ce n’est pas comme si les scientifiques allaient courir sur l’autoroute avec du matériel de mesure à la main pour s’assurer que les voitures sont conformes ». Effectivement, dans la pratique, les mesures se font dans des laboratoires qui sont censés reproduire les conditions du réel, « une méthode loin d’être optimale » selon les dires d’O’Donnell.

Sur-la-toile-les-internautes-se-lachent-sur-l-affaire-volkswagen_exact1024x768_lC’est donc là qu’une petite ONG du nom d’International Council on Clean Transportation entre en scène. Se donnant pour mission de « fournir des recherches impartiales et des analyses techniques aux autorités de règlementation environnementale », l’ONG publie régulièrement des études indépendantes sur diverses problématiques. En 2013, en partenariat avec l’Université de Virginie Occidentale, l’ICCT s’intéresse à la marque VW dont les voitures passent tous les tests de pollution avec une facilité déconcertante. Quel ne fut pas leur étonnement devant les résultats de l’étude : en modifiant très légèrement les conditions de test des véhicules VW, les rejets de NO2 s’avèrent largement supérieurs aux normes en vigueur. Pire encore: l’ONG détecte un logiciel espion caché dans l’ordinateur de bord dont le seul objectif est de berner les experts !

 

La suite, on la connait : chute du cours de l’action de VW, implication de 11 millions de véhicules, menace d’une amende record de 18 milliards de dollars (et ce n’est peut-être qu’un début…) et démission du PDG. La marque allemande paie le prix fort dans cette affaire. Mais ce scandale met aussi en lumière une pratique taboue: l’utilisation du digital via des logiciels fantômes à des fins peu louables, comme par exemple la dissimulation d’une partie de la réalité d’un produit. Il s’agit ici des rejets polluants de véhicules, mais de quoi sera fait demain ? Devant les progrès technologiques accomplis chaque jour par les géants comme VW ou d’autres entreprises, il n’est pas interdit de penser que d’autres scandales similaires voire plus graves encore émergeront dans les années à venir. Une perspective peu reluisante mais réaliste qui doit mettre en garde les autorités et les pousser à toujours être vigilantes d’un point de vue technologique.

 

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