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La Loi de Moore : Une modélisation toujours fidèle des évolutions technologiques ?

L’humanité a connu plus d’innovations technologiques depuis 50 ans qu’elle n’en a connu sur les siècles qui ont précédés. Elles impactent durablement non seulement les différents secteurs de l’économie mondiale mais également les modes de vie des hommes. L’e-book, le smartphone, la smart-watch ou encore le GPS sont autant d’exemples de produits qui illustrent cette grande rupture technologique.

L’ensemble de ces innovations ont pour socle commun le développement et l’évolution d’un même composant que l’on retrouve dans tous les objets électroniques : le transistor.

Ces avancées technologiques modélisées par une prédiction : La loi de Moore

Quelques années avant de cofonder Intel, Gordon Moore alors directeur de la R&D à Fairchild Semiconductor publie un article qui s’avérera être une des théories les plus fascinantes et discutées de notre époque moderne. En 1965, six ans après l’apparition des premiers transistors, il fait une première observation selon laquelle la complexité des circuits intégrés d’entrée de gamme doublait tous les deux ans à prix constants.

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Evolution du nombre de transistors dans un processeur de 1970 à nos jours

Dix ans passent et l’hypothèse alors proposée par G.Moore est presque toujours vérifiée. Ce dernier propose alors une révision de sa prédiction qui est aujourd’hui connue sous le nom de « Loi de Moore ». Cette reformulation a remis le transistor au centre de la question. Dorénavant, la loi de Moore suppose que c’est le nombre de transistors qui est contenu dans ces microprocesseurs qui double tous les deux ans à coût égal. Cette prédiction décrit donc une avancée technologique essentielle puisque le nombre de transistor est directement corrélé à la puissance de calcul des processeurs.

Loi de Moore : Une conséquence de l’évolution économique et non pas une loi de la physique

Il serait erroné de penser la loi de Moore comme une invention de la nature. En effet, sa vérification est principalement due à l’organisation de notre société autour de l’économie de marché. En témoigne la taille du processeur à laquelle la loi fait référence : elle ne se base pas sur le plus grand qui puisse être techniquement produit en laboratoire à un instant T, mais sur le plus grand circuit intégré commercialement viable et disponible sur le marché. En effet, Il est nécessaire d’avoir bien en tête que tout système électronique est de fait déjà obsolète d’un point de vue technologique lors de sa mise en production à grande échelle.

Une loi qui suscite de grands débats sur les limites de sa validité

Nombreux sont ceux qui voient cette prédiction atteindre ses limites dans un futur proche. 50 ans après son énonciation, les « anti-Moore » mettent surtout en avant la problématique liée à  la physique classique. En effet, la taille des transistors a désormais atteint 14 nm et, en-dessous d’une certaine taille, les lois de la physique classique ne sont plus valables. En effet, le monde de l’infiniment petit se comporte différemment et suit des lois qui sont totalement contre-intuitives si l’on s’en tient aux règles de la physique classique. Ainsi les technologies actuelles ne pourront plus répondre au besoin économique qui consiste à aller toujours plus vers l’infiniment petit sans amener des innovations disruptives liés à des investissements financiers conséquents.

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D Wave, un prototype d’ordinateur quantique

Les limites de la Loi de Moore sont également expliquées par le fait que les composants ou les technologies qui pourraient maintenir sa validité ne sont aujourd’hui encore qu’à l’état de concepts. Parmi elles figurent l’utilisation de nouveaux matériaux pour les transistors comme l’arséniure de Gallium ou de nouvelles technologies liées à la physique quantique avec la fabrication d’ordinateurs quantiques.

Une modélisation avec une symbolique qui répond aux enjeux du monde moderne

Il serait cependant réducteur d’appréhender cette loi ou prédiction sur ses seules conséquences technologiques. Plus que le sens premier de cette loi, c’est sa symbolique qui n’est pas voué à disparaître. Par exemple, ce même principe d’évolution exponentielle est défendu par de nombreux scientifiques pour l’intelligence artificielle.

En effet, la loi de Moore a été motrice des évolutions technologiques et pourrait être qualifiée en ce sens de « prophétie auto-réalisatrice ». Ses limites techniques probables démontrent aussi que l’Homme risque de perdre son pouvoir de prédestination au profit des machines et des modèles économiques qu’il a lui-même crée.

La Loi de Moore, plus qu’une modélisation fidèle des évolutions technologiques, est in fine une description originale de notre monde moderne où l’économie de marché, la course vers l’infiniment petit, les innovations technologiques ou encore l’obsolescence programmée font loi.

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