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Hello Tomorrow 2015 : pleins feux sur les défis de demain [1/2]

La modération et la prudence des conférenciers de l’Échappée Volée 2015 est derrière nous, cette fois-ci le ton n’est plus à la demi-mesure : bienvenue à la grand-messe de la disruption, des bouleversements technologiques tous azimuts et des start-ups qui, on nous l’assure, vont révolutionner les années à venir. Bienvenue à Hello Tomorrow édition 2015.

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Comme un air de TED Talks…

Présidée par l’omniprésent Xavier Duportet (docteur en biologie synthétique, diplômé du MIT et de l’Inria, fondateur d’EligoBioscience et récemment élu Innovateur de l’Année par la revue MIT TechnologyReview – rien que ça), la conférence Hello Tomorrow 2015 se déroule cette année à la Cité des Sciences, et réunit de nombreuses personnalités issues des entreprises et des projets les plus fous que le monde compte actuellement. Et aussi prestigieux soient-ils, nos speakers n’ont malheureusement pas toujours évité l’écueil de l’auto-promotion, au détour de leurs captivantes interventions.

Entre deux conférences, nous avons pu assister aux finales du Hello Tomorrow Challenge, un concours international dont le but est d’accélérer les meilleurs projets entrepreneuriaux. Issus de 90 pays, ces projets sont basés sur des technologies innovantes et le souci de les faire accéder au marché plus rapidement. Les finalistes présentent successivement leurs projets à un jury qui désignera le gagnant du concours et des 100.000€ à la clé.

Dans les couloirs de la Cité des Sciences, les présentations de start-ups et les débats idéologiques sur les problématiques de demain s’enchaînent tous dans la langue de Shakespeare, loin de perturber le public en grande partie anglophone. Parmi eux, on dénombre 350 étudiants, 700 entrepreneurs, une centaine de médias et 500 représentants de grandes entreprises. Avant même que les festivités ne commencent, on peut déjà reconnaître à l’événement un premier succès: avoir réussi à attirer autant de personnes du monde entier et d’horizons aussi différents, réunis par leur intérêt dans les nouvelles technologies et les challenges de demain.

Nous vous proposons de revenir dans ce premier éclairage sur les conférences les plus marquantes auxquelles nous avons pu assister.


Obi Felten – « From the lab to the world »

Obi Felten est responsable Développement et Stratégie à GoogleX, l’antenne la plus confidentielle de Google, dédiée à la mise en pratique et au développement ultra-confidentiel des nouvelles « idées » du groupe.

De nouveaux projets sortent régulièrement des laboratoires de Google X : la Google Car, les lentilles de contact intelligentes ou encore le projet Loon.

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L’hoverboard du film Retour vers le Futur, qui inspirera plusieurs générations

Quel que soit le projet que la firme entreprend, celui-ci est systématiquement motivé par la volonté de répondre de façon radicale à une problématique de grande échelle, à l’aide de technologies révolutionnaires qui restent à inventer. Cette phrase n’est pas vaine : certains projets ont été abandonnés malgré un succès technologique, simplement parce qu’ils ne répondaient pas à une problématique assez importante aux yeux des managers de Google (cela a par exemple été le cas pour un projet très prometteur d' »Hoverboard« , le quasi-mythologique skateboard volant, développé pendant un temps par la firme).

Quand un utilisateur voit arriver le produit ou service final sur la toile, la simplicité et l’ergonomie de ces derniers ne laissent cependant pas imaginer toute la genèse d’un tel projet pour passer du stade d’idée folle dans la tête d’un geek de la SiliconValley, à un service utilisé par les populations du monde entier.

A la source de tous leurs projets, il existe au sein de Google X une équipe très particulière, dénommée « Rapid Evolution ». Le but de ses membres n’est ni plus ni moins que de réfléchir et de mettre en pratique toutes les idées de projets qui passent par la tête des ingénieurs saugrenus de la firme de MountainView. L’idée est d’aboutir au plus vite à… un échec ! En éprouvant un maximum d’idées, cette équipe est capable de détecter très rapidement lesquelles méritent d’être transformées en vrais projets, et lesquelles n’ont à terme pas d’avenir.

Pour illustrer le caractère presque épique du développement de ces projets, Obi Felten nous propose de revenir sur la vie de trois d’entre eux que nous connaissons tous.

L’application Google Translate

En 2001, Larry Page et Sergeï Brin ont fait un constat très simple: la plupart des contenus sur Internet sont en anglais, or la majorité de la population mondiale ne parle pas cette langue. C’est à partir de cette problématique qu’il leur est alors paru nécessaire de développer un outil de traduction suffisamment puissant pour abolir la barrière de la langue – d’abord sur Internet, puis dans le Monde.

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Aujourd’hui, l’application peut détecter et traduire le texte depuis une image

Les premières versions de Translate s’appuyaient sur le principe de la traduction au mot, rapidement limité. Dès 2006, les ingénieurs de Google ont alors opté pour la traduction automatique statistique, qui repose sur une base de données gigantesque dans laquelle des millions de documents et leurs traductions sont stockés et comparés. Les publications officielles de l’Union Européenne ont par exemple été d’un grand secours, étant chacune publiée dans toutes les langues de l’Union.

Fort de son succès, l’application permet désormais de traduire du texte détecté sur des images, ou d’analyser une discussion et de reconnaître la langue. Ce ne sont pas moins de 90 millions d’utilisateurs qui traduisent des contenus chaque jour grâce aux 90 langages reconnus et maîtrisés par l’application.

La Google Car

Nous partons une nouvelle fois d’un constat bouleversant de lucidité: un certain nombre de personnes n’est pas capable de conduire une automobile. Initialement, les premières versions du projet se limitaient à un dispositif permettant de passer un véhicule classique en mode « pilote automatique », et ce uniquement sur les grands axes. Mais suite au bêta-testing des chanceux employés de Google sur leurs trajets quotidiens, deux problèmes majeurs sont survenus :

  • Certains se plaignaient (les pauvres…) que la voiture n’était pas capable de faire l’intégralité du chemin toute seule.
  • D’autres profitaient de l’autonomie du véhicule pour ne plus du tout faire attention à la route, vaquant à leurs occupations comme s’il n’étaient finalement plus au volant de leur voiture. Ce qui pose évidemment un gros soucis de sécurité.

Suite à ces deux conclusions de la phase de test, Google a pris une décision radicale : stopper le projet tel qu’il était alors, et le transformer pour évoluer vers un véhicule entièrement fabriqué par Google, sans volant ni pédales, et se conduisant de façon totalement autonome quel que soit l’itinéraire:

Le project Loon

A peine remis du précédent constat, voilà que les têtes pensantes de Google remettent le couvert avec une nouvelle épiphanie: une grande partie de la population mondiale n’aurait pas accès à Internet! D’après Google, il y a trois éléments indispensables pour pouvoir accéder au Web : posséder un terminal fixe ou mobile, une source d’énergie pour l’alimenter, et une connexion. L’énergie et les smartphones ont vu leurs coûts chuter rapidement ces dernières années; c’est donc au problème de la connectivité que Google a décidé de s’attaquer.

Et une nouvelle idée folle : pourquoi ne pas envoyer des routeurs Wi-Fi accrochés à des ballons gonflés à l’hélium, qui resteraient en suspension dans l’air à 20km du sol, bien au-dessus de toutes les voies aériennes ?

Une fois toutes les considérations techniques étudiées et résolues (Comment connecter les ballons entre eux pour créer un réseau solide ? Alimenter en énergie ces dispositifs ? Déplacer les ballons de façon à couvrir de manière optimale et permanente les zones cibles ?…), la firme a rapidement conçu des ballons capables de flotter plus de 100 jours dans les airs, et de parfaitement remplir leur mission de relais Wi-Fi « stratosphériques ». Dans l’épreuve, Google a également fait le choix de la coopération au lieu de la confrontation avec les acteurs télécoms traditionnels, qui apportent leur savoir-faire et leur expérience au projet.

Conclusion

D’après Obi Felten, si on devait retenir quelque chose des réussites et des échecs des projets de Google, ce seraient sans doute les trois mantras suivants:

  • Attachez-vous à un problème et non à une technologie
  • Trouvez des experts qui veulent résoudre le même problème et collaborer avec eux plutôt que de vous y opposer
  • Restez concentré sur l’utilisateur et soyez sûr de résoudre son problème avec votre projet

 

Antoine Hubert – « Utiliser l’insecte pour changer le monde »

Antoine Hubert est un ancien consultant en développement durable, reconverti en CEO de la start-up Ynsect

Demain, la planète devra faire face à un défi inéluctable : nourrir 10 milliards d’êtres humains. Nombreuses sont les idées pour y répondre, et beaucoup d’entre elles nous proposent l’alternative peu ragoûtante d’ouvrir notre régime alimentaire aux insectes. D’ici 2030, la FAO prévoit qu’il n’y aura plus assez d’apports en protéines pour nourrir l’humanité, et les insectes sont de plus en plus cités comme la seule planche de salut pour nos successeurs.

Contrairement aux innombrables start-ups qui nous encouragent à manger de charmantes petites bêtes cuisinées à toutes les sauces, Ynsect remonte notre chaîne alimentaire pour trouver d’autres façons de s’appuyer sur les insectes pour nourrir les hommes.

  • Nourrir le bétail et les élevages de poissons: de nombreux animaux (comme les volailles ou les porcs) et poissons d’élevage ont déjà naturellement des insectes dans leur régime alimentaire. Aujourd’hui nourris pour la plupart aux farines animales ou autres viandes de soja, il n’en serait que moins coûteux et plus sain (pour eux comme pour nous) de les nourrir avec des insectes.
  • Produire des emballages bio-dégradables: pour ralentir l’épuisement des ressources fossiles, et trouver un substitut au plastique, Ynsect propose de travailler la chitine extraite des insectes, pour en faire des emballages propres et bio-dégradables.
  • Recycler nos déchets organiques: des aliments impropres à notre consommation ou des déchets organiques sont autant de trésors pour les insectes, qui peuvent aussi bien s’en nourrir que s’y multiplier.

Et ces insectes sont au final une matière première très rentable:

  • Il existe une énorme biodiversité d’insectes, qu’il est possible de sélectionner pour correspondre aux besoins des exploitations avicoles ou piscicoles.
  • Ils sont résistants et s’adaptent à tous les environnements, ce qui peut permettre de créer des « fermes à insectes » n’importe où sur le globe
  • Ils produisent peu ou pas de déchets, qui sont de toute façon brûlés pour produire de l’énergie.
  • Ils se contentent de peu pour se nourrir et se multiplier.
  • Et justement, ils se multiplient vite, très vite.
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Le prototype d’usine à insectes d’Ynsect, prévu pour 2016

Ynsect prévoit de construire des fermes robotisées de plus en plus conséquentes pour produire ces insectes : hier, c’était une ferme prototype en laboratoire capable de produire 10 tonnes par an, que ces entrepreneurs ont mis en place. A horizon 2016, la start-up espère pouvoir installer à Evry une première « usine à insectes » produisant jusqu’à 1000 tonnes par an.

La start-up a déjà été récompensée au concours Innovation 2030, lancé par la commission présidée par Anne Lauvergeon, et a reçu le prix du public du Cleantech Open Global Forum 2014 à San Francisco.

Reste à savoir si les consommateurs seront prêts à manger du saumon nourri à la farine de mouche, ou du poulet nourri au scarabée…


Bien d’autres conférences captivantes ont eu lieu, même si leurs thèmes s’éloignent un peu plus du Digital:

  • David Miller, ni plus ni moins que le directeur technique de la NASA, nous a exposé les espoirs et enjeux du nouveau programme « Journey To Mars« 
  • Rick Tumlinson, chairman à Deep Space Industries, nous a mis face aux possibilités et aux défis qui attendent l’humanité dans sa nécessaire conquête de l’espace
  • Xavier de Kestelier, architecte associé, a partagé avec nous le projet d’habitation lunaire sur lequel son cabinet Foster+Partners travaille en collaboration avec l’ESA (l’Agence Spatiale Européenne).

Retrouvez la suite de notre rétrospective de l’événement dans un second éclairage dédié cette fois-ci au Hello Tomorrow Challenge.

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