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Swipp : un réseau social pour repenser la collecte et le partage de la DATA

Le web est aujourd’hui le terrain de l’affirmation d’individus 2.0. La création de profils sur la toile (réseaux sociaux, jeux de rôle, blogs…) permet aux utilisateurs de maitriser leur reflet virtuel en choisissant un avatar, en décrivant leurs goûts et centres d’intérêts, en communiquant à l’aide de discussions instantanées. La construction d’une e-reputation a conduit les internautes à passer du statut de spectateurs du web à celui de « web-acteurs ». Les contenus publiés sur le web varient de la simple notation d’un produit ou d’un service, à la rédaction complète d’articles sur des blogs en passant par l’action de relayer des informations via des sites de microblogging. Toutes ces données sont ainsi captées par les entreprises qui constituent des bases dont l’internaute ne parvient à saisir ni la  nature et ni la dimension. En effet, cette bataille pour le contrôle de l’information reste obscure pour le commun des internautes.

Aujourd’hui un nouveau réseau social, Swipp, propose aux internautes de se concentrer sur l’émission d’opinions. L’enjeu est simple: inciter le plus d’internautes possibles à s’exprimer pour collecter, agréger et rendre exploitables des données, et ce de manière totalement transparente.

 

 

A la croisée du crowdsourcing et du réseau social

Don Thorston, le fondateur de Swipp l’a bien compris: l’un des enjeux de demain réside dans la récolte et le contrôle de « la Data ». Ainsi le principe du réseau Swipp est très simple :  il propose aux utilisateurs de noter de -5 à 5 à peu près tout ce qui existe. Que vous hésitiez à aller voir le dernier Tarantino, souhaitiez utiliser le nouveau site de partage de fichiers Mega  ou simplement manifester votre mécontentement sur les prestations du XV de France de rugby, Swipp vous permet de consulter les opinions des autres utilisateurs sur tous ces sujets et également de créer de nouveaux sujets et de les partager afin qu’ils soient notés.

L’intérêt principal réside dans la récolte et l’organisation de ces données que Swipp classe par lieux géographiques (continents ou pays), par période de temps, et par profil d’utilisateur (Genre, Âge). En sollicitant la voix des foules de la sorte, le réseau social constitue alors une véritable base de données en libre accès et facilement exploitable. On imagine alors très facilement certaines entreprises  être proactives en créant des sujets à « Swipper » pour connaître les besoins et les goûts des membres du réseau. En sollicitant l’avis de la communauté Swipp sur un nouveau produit ou un nouveau logo, elles pourront affiner leurs projets en économisant des coûts d’étude et de création. Une nouvelle manière de faire du crowdsourcing!

 

Le fonds d’investissement Old Willow Partners a détecté l’opportunité proposée par un tel projet et a investi 3,5 millions de dollars pour le soutenir. En échange, le fond siègera au comité de direction de la start-up, en la personne de Rich Heise. Old Willow n’en est pas à son premier investissement dans une start-up, puisque le fonds était un des premiers investisseurs du site d’achats groupés Groupon et ce dès décembre 2006. L’enjeu pour Swipp aujourd’hui est évidemment de réussir à constituer un réseau de membres suffisamment large et diverse pour réellement offrir des données exploitables et représentatives.

La libération des données bénéficie au grand public

Aujourd’hui, l’ouverture des données ne concerne pas seulement les entreprises qui souhaitent obtenir des informations sur des marchés ou des prospects. En effet, on constate un développement d’applications utilisant ces données dans des domaines très variés. La santé est par exemple un domaine où la récolte de données est un enjeu décisif pour l’innovation. De nombreux projets sont désormais possibles grâce à la récolte de données en temps réel. Par exemple le projet Asthmapolis utilise les données récoltées via des GPS dans les inhalateurs des asthmatiques. Les lieux où les inhalateurs sont utilisés sont ainsi cartographiés et mis à disposition dans une application libre d’accès.

La RATP a également décidé récemment de participer à l’ouverture des données publiques en créant une plateforme dédiée au partage de ses données collectées. Ainsi il est possible de consulter et même de télécharger des fichiers relatifs à son activité de transport. L’intérêt réside principalement dans une amélioration des services aux voyageurs. En effet une telle initiative ouvre des portes à des développeurs qui souhaiteraient créer des applications avec ces données, par exemple pour suivre l’actualité des lignes en temps réel (travaux, retards, conseil d’itinéraires grâce à la mise à disposition des plans du réseau etc) et donc améliorer le service aux voyageurs. La SNCF et la Lyonnaise des Eaux sont deux autres exemples d’entreprises publiques pionnières en matière de partage de données.

Penser autrement l’ouverture des données

S’il est intéressant d’envisager les avancées possibles grâce à l’open data en matière d’innovation pour le grand public, la création de Swipp met en avant la richesse dont pourraient bénéficier les entreprises. En effet ces dernières se plaignent souvent de la difficulté et des lourds investissements qu’elles doivent faire pour offrir des données exploitables au grand public. Ainsi ce sont généralement les administrations locales et les entreprises publiques, sous l’impulsion du gouvernement, qui initient des démarches d’ouverture de données. Or, les entreprises privées ont également un intérêt certain à partager certaines données pour en obtenir d’autres et enrichir leur connaissance.

En d’autres termes, l’ouverture des données pose la question pour les entreprises privées de la « coopétition », entre collaboration et compétition. Bien évidemment il ne s’agit pas de dévoiler des informations confidentielles de clients mais d’ouvrir les données selon le cadre légal Français et Européen. Ce sujet exacerbe les tensions car les entreprises ont tendance à considérer une donnée comme un élément à usage unique alors qu’il faudrait penser l’open data comme un levier collectif de croissance et de modernisation.

Enfin cette démarche permettrait de démanteler progressivement un oligopole bien connu des petites et moyennes entreprises. En effet seules les structures ayant des fonds importants peuvent aujourd’hui financer des études de marchés poussées pour segmenter et cibler plus justement leurs consommateurs. En d’autres termes l’accès à l’information coûte cher.

Libérer une partie de cette information et la rendre exploitable offrirait donc de nombreuses opportunités à des petites structures dynamiques pour porter des projets innovants et créer de la valeur. En cas de succès, Swipp pourrait alors être considéré comme un initiateur dans cette nouvelle étape de la révolution numérique…

 

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7 commentaires

  1. Bonjour,
    Votre article explique bien les bénéfices potentiels d’une plateforme comme Swipp pour les entreprises, petites et moyennes en particulier.
    Pouvez préciser les bénéfices individuels proposés à l’utilisateur grand public en échange de sa contribution ?
    Comment l’utilisateur est-il incité à participer, récompensé pour sa participation ?

  2. Bonjour Brigitte.
    Merci pour votre commentaire.

    Pour y répondre, je dirais qu’il faut comprendre que Swipp est avant tout un réseau social. Les membres n’ont donc pas de sollicitation ou de récompense directes à leur participation. Ils sont incités à donner leur avis par rapport au fil d’actualité (stream) composé d’autres « Swipp » d’utilisateurs du réseau. Chacun peut justifier son « Swipp » et réagir à ceux de ses contacts.

    La possibilité d’être le premier « Swipper » sur un sujet (prime Swipper) peut être éventuellement considérée comme un facteur motivant une participation. En effet si l’on creuse les raisons qui motivent l’adhésion d’un internaute grand public à un tel réseau, on pourrait dire que le bénéfice indirect réside en la possibilité de pouvoir se créer une e-réputation comme dans de nombreux réseaux sociaux. Dès lors apparaître comme un « Prime swipper » contribue à la notoriété du profil virtuel et augmente donc l’e-réputation.

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