Microsoft : vers une stratégie d’ouverture

« Our mission at Microsoft is to empower every person and every organisation on the planet to achieve more. We make things that help you to make things […] happen. »

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Alors que Microsoft vient de fêter ses 30 ans cette année, c’est avec ces mots que S. Nadella a présenté la nouvelle stratégie de Microsoft dans une

Satya nadella, CEO de Microsoft depuis Février 2014.
Satya Nadella, CEO de Microsoft depuis Février 2014.

lettre destinée à ses collaborateurs. La firme de Redmond, qui doit son succès en grande partie grâce à son célèbre système d’exploitation Windows, a eu du mal à s’adapter à l’ère post-pc et à un environnement évoluant de plus en plus rapidement. Certes, l’OS de Microsoft équipe toujours la majorité des ordinateurs dans le monde, que ce soit chez les particuliers ou les entreprises, Mais les consommateurs n’hésitent plus à se tourner vers la concurrence. Pire encore, Microsoft a complètement raté le virage du mobile. Lors de la sortie de l’iPhone, Steve Ballmer, alors PDG du groupe, déclarait : « Il (l’iPhone) ne plaira pas aux professionnels car il n’a pas de clavier ». Aujourd’hui, la version mobile de Windows possède à peine 3% de part de marché, contre 16% pour iOS et 81% pour Android (source IDC)

Satya Nadella, à la tête de l’entreprise depuis un peu plus d’un an en remplacement de Steve Ballmer, a promis de « réinventer la culture de l’entreprise ». Finie la stratégie prônée par son prédécesseur, place à une stratégie « mobile first, cloud first », en réponse  aux ratés dans le mobile, et à l’arrivée tardive dans le Cloud. Celle-ci ne repose plus uniquement sur Windows et passe par une ouverture à plusieurs niveaux. Voyons-en quoi cela consiste.

 

Une ouverture dans le développement

Le programme Windows Insider, lancé en septembre 2014 , compte plus de 3,7 millions de testeurs à travers le monde.
Le programme Windows Insider, lancé en septembre 2014 , compte plus de 3,7 millions de testeurs à travers le monde.

Initialement, chaque nouvelle version de Windows était le fruit d’un long travail de développement en interne, et avec l’aide de développeurs extérieurs, avant d’être présenté, en grande pompe, auprès du grand public et des professionnels. Mais l’échec récent de Windows 8, qui n’a pas réussi à trouver son public auprès des particuliers comme des entreprises, ou encore les déboires connus par Windows Vista ont forcé la firme de Redmond à revoir sa façon de procéder. Objectif : gagner en agilité.

Et l’entreprise a vu les choses en grand, puisqu’elle a lancé le plus grand programme de beta test au monde, Windows Insider, pour développer Windows 10, le successeur de Windows 8.1. Ce programme consiste à proposer régulièrement des nouvelles versions beta de Windows à certains utilisateurs, pour récolter leurs retours. Cela a permis de tester le système sur de nombreuses plateformes différentes, réduisant les possibilités de bugs lors de la sortie finale, tout en récoltant des avis d’utilisateurs sur les fonctionnalités, le design et les possibilités d’améliorations. Microsoft a ainsi raccourci le temps de développement et de mise à disposition de nouvelles fonctionnalités, qui sont ajoutées à l’OS au fil de l’eau, de manière plus agile qu’avant.Fort du succès de ce programme, la firme de Redmond a d’ailleurs décidé de le poursuivre pour les prochaines mises à jour de son OS.

Pour Microsoft, le succès passera par la convergence : un code de développement unique et une application Windows 10 universelle qui s’adaptera à chaque appareil.

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Le succès d’un OS réside en grande partie dans la qualité de son écosystème. Microsoft l’a bien compris, et sait qu’il devra compter sur les développeurs pour améliorer significativement l’UX proposée par Windows. La firme de Redmond a donc lancé « Windows Universal Plateform » (WUP) qui permet aux développeurs, via un code unique, de proposer leurs applications sur tous les appareils équipés de Windows 10, quelques soient leurs taille. A travers Virtual Studio, le logiciel de développement de Microsoft, les développeurs pourront adapter leurs applications à chaque matériel et format d’écran, allant du smartphone au PC, en passant par la tablette et même la Xbox, à l’instar des sites web responsive, en affichant plus ou moins d’informations à l’écran.

Mieux encore, tous les langages de programmation pourront être importés dans Virtual Studio. Ainsi, les applications déjà existantes sur d’autres plateformes pourront être adaptées très simplement pour fonctionner sous Windows 10. Cela permettra à Microsoft d’augmenter rapidement le nombre d’applications disponible sur son store. L’entreprise compte ainsi augmenter l’attrait de ses différentes plateformes, et notamment Windows Mobile, pour le placer comme une alternative viable face à Android et iOS.

L’interopérabilité et l’unification au centre des préoccupations.

Tandis que les prédécesseurs de S. Nadella avaient pour ambition de confiner les utilisateurs, particuliers et professionnels, dans un environnement 100% Microsoft, le nouveau PDG de la firme voit les choses autrement. Il ne faut plus uniquement inciter les utilisateurs à migrer vers Windows, mais leurs proposer le meilleur de Microsoft sur la plateforme de leurs choix, y compris celle des concurrents. Et cela aussi bien pour les particuliers que les professionnels.

S’ouvrir vers l’extérieur, et proposer ses applications sur les plateformes concurrentes : un moyen rapide d’accroître le nombre d’utilisateurs.

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"Office Everywhere, For Everyone"
« Office Everywhere, For Everyone »

Tout d’abord, on peut voir que Microsoft s’ouvre vers l’extérieur, c’est-à-dire que de plus en plus de ses applications, et notamment les plus célèbres sont maintenant proposées sur les plateformes concurrentes. Par exemple, et depuis l’arrivée de S. Nadella, la suite bureautique Office est disponible sur les OS d’Apple et de Google, sur smartphone comme sur tablette. Et cela gratuitement. Microsoft est même venu présenter la version mobile de sa suite Office lors de la fameuse Keynote d’Apple, vantant les possibilités offertes par l’iPad couplée à son application ! Autres exemples, OneDrive, le service de stockage en ligne de Microsoft est disponible sur toutes les plateformes concurrentes, et l’assistant personnel Cortana sera porté sur Android et iOS, afin de concurrencer respectivement Google Now et Siri.

Pour accélérer son ouverture vers d’autres plateformes, Microsoft s’est lancé depuis quelques mois dans le rachat d’applications plébiscitées par les utilisateurs. Terminé les développements « from scratch », Microsoft préfère maintenant aller vite et bénéficier de l’expertise d’autres entreprises. Comme le témoigne le rachat de la startup française qui a conçu le célèbre calendrier Sunrise, ou encore de la startup Acompli, qui a donné naissance à l’application Outlook sur les plateformes mobiles.

Plutôt que de contraindre ses clients à s’équiper « tout Microsoft », et risquer de les perdre complètement, la firme de Redmond s’ouvre de l’intérieur : elle préfère maintenant leurs laisser la possibilité d’utiliser quelques uns de ses services, associés à des services concurrents.

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Egalement, Microsoft s’ouvre de l’intérieur et rend compatible ses services avec les écosystèmes concurrents. Par exemple, la firme de Redmond a noué un partenariat avec Dropbox, un célèbre concurrent de OneDrive, permettant aux utilisateurs d’Office 365 d’aller chercher leurs documents sur Dropbox, en lieu et place de OneDrive, mais aussi de bénéficier de toutes les fonctionnalités de partage et de coédition de documents. Egalement, l’application mail Outlook est maintenant compatible avec tous les services mails concurrents (Gmail, Yahoo…) et permet aux utilisateurs de synchroniser toutes leurs boites mail dans une seule et même application.

Windows Azure, qui devient compatible avec des éditeurs tiers, est au coeur de la stratégie de S.Nadella
Windows Azure, qui devient compatible avec des éditeurs tiers, est au cœur de la stratégie de S. Nadella.

Plus spécifiquement pour les entreprises, la solution cloud de Microsoft, Azure, est maintenant compatible avec la plupart des éditeurs tiers, que ce soit SAP, SalesForces, Oracle ou encore Cisco. Et Microsoft ne compte pas s’arrêter là puisque l’entreprise investit énormément pour adapter sa solution et intégrer de nouvelles technologies plus récentes. L’entreprise a même rendu sa plate-forme de programmation web, ASP.NET, open source et compatible avec OSX et Linux, permettant à chacun de bénéficier de cette technologie.

Microsoft as a Service

Comme évoqué précédemment, de nombreux services initialement payant proposés par Microsoft sont maintenant proposés gratuitement. Par exemple, la suite bureautique Office est maintenant disponible gratuitement sur mobile et tablette. De plus, il n’est plus nécessaire de posséder un compte Office payant pour bénéficier de fonction d’édition basique avec Office 365.

Pour Windows, la situation est plus floue. La nouvelle version de l’OS est disponible gratuitement pour tous les possesseurs d’une licence Windows 7 ou supérieure l’année de sa sortie. Après, il faudra à nouveau acheter une licence. Mais Microsoft propose régulièrement des mises à jour gratuites à son OS, le dernier update ayant eu lien à l’automne, et parle même d’arrêter de sortir des versions majeures de Windows par cycle pour améliorer son OS continuellement. On peut donc se demander quelle manière va trouver Microsoft pour rentabiliser Windows, et ses autres produits, si l’entreprise ne propose plus de nouvelles versions majeures, mais ajoute régulièrement des améliorations incrémentales.

Une des solutions semble être le freemium, comme c’est le cas pour la suite Office. Les utilisateurs bénéficient de fonctionnalités basiques gratuites, et doivent payer pour débloquer certaines options. Par exemple, le saut de page dans Word et l’édition de graphique dans PowerPoint ne sont disponibles qu’avec un abonnement payant.

L’avenir, pour S. Nadella, passe aussi par le cloud, où l’entreprise connait une croissance très importante, porté par Office 365 et Azure. Mais Microsoft reste encore loin derrière son principal concurrent, Amazon.

La première année de S.Nadella à la tête de Microsoft laisse entrevoir de belles choses. La transformation a commencé, mais le plus dur reste peut-être à venir pour Microsoft. D’une part, l’entreprise doit montrer à ses investisseurs qu’elle est capable de générer des profits rapidement grâce à sa nouvelle stratégie. D’autre part, elle doit aussi montrer sa capacité à investir dans les technologies de demain. Pour Microsoft, le futur s’entrevoit en réalité augmentée. L’ambitieux projet Hololens, permettant à une personne d’interagir avec un environnement fait d’hologrammes, est la dernière innovation majeure de la firme de Redmond, qui compte s’imposer sur ce secteur très prometteur mais dominé actuellement par Oculus Rift, une entreprise récemment rachetée par facebook.

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