ven 06.11 0

Objets connectés : un OS pour les gouverner tous ?

Toutes les prévisions s’accordent sur un point : le marché des objets connectés va exploser d’ici cinq ans. On parle selon les sources d’une fourchette de 20 à 50 milliards d’objets connectés dans le monde en 2020 : ce marché devrait alors très largement dépasser celui des smartphones. Cette révolution de l’IoT (Internet of Things) devrait être à la fois technologique et économique.

Cependant, pour en arriver à un tel niveau de généralisation, de nombreux sujets restent à adresser, et celui de la standardisation du système d’exploitation (ou OS pour Operating System) n’est pas l’un des moindres. En effet, plusieurs experts indiquent que pour grandir, le monde des objets connectés a besoin de systèmes d’exploitation universels.

Est-ce vraiment envisageable dans un futur proche ? Pourquoi une unification vers un seul ou plusieurs OS serait profitable ? Éclairage.

Un paysage en pleine évolution

Dans le domaine des objets connectés, il n’y a actuellement pas d’OS standard ou leader comme peuvent l’être Windows/Linux pour les ordinateurs de bureau ou bien iOS/Android pour les smartphones. L’OS utilisé par chaque objet connecté est bien souvent fait sur-mesure : chaque fabricant aura son propre OS maison pour ses produits. Quand on pense aux nombreuses start-up qui se lancent régulièrement dans le domaine et aux nouveaux objets qui sont imaginés presque chaque jour, on peut imaginer le nombre d’OS que cela représente.

Ce « sur-mesure » s’explique par plusieurs facteurs :

  • Les caractéristiques techniques des objets sont souvent très différentes, notamment parce que le monde des objets connectés est très vaste. Ainsi, un réfrigérateur connecté capable de gérer les stocks pour éviter le gaspillage n’aura pas les mêmes ressources (ni besoins) qu’un t-shirt connecté censé mesurer le rythme cardiaque ou même n’importe quel autre vêtement connecté.
  • La très grande variété d’acteurs : le marché reste très ouvert et il n’y a pas encore d’acteur incontournable qui a pu imposer ses choix.
  • Aucune solution existante ne convient pleinement à l’ensemble des produits existants. On pourrait penser qu’Android serait un challenger sérieux : en réalité, celui-ci ne conviendrait qu’aux objets connectés dotés d’un écran (sinon pas d’intérêt : des solutions plus légères sont possibles et plus efficaces) et pour l’heure, une grosse majorité de ceux-ci n’en ont pas.

Quel serait l’intérêt d’un ou plusieurs OS standards pour les objets connectés ? Est-ce que cela est possible au vu de la pluralité des types d’objets concernés et de l’objectif de chaque objet ?

OS unique : un frein ou un turbo à l’innovation ?

Voiture connectéeUne standardisation entre un ou quelques systèmes d’exploitation présente de nombreux avantages. Cela laisserait notamment le champ libre aux développeurs qui n’auraient dès lors plus à se soucier de la couche hardware lors de chaque nouveau développement : un plus pour l’innovation et pour les développeurs indépendants. Autre point positif pour les développeurs : une application développée une fois pourra être déployée sur de nombreux objets connectés, de fabricants différents. En d’autres termes : développer une fois pour déployer partout ! Enfin, si des standards émergent, cela permettrait aussi de se limiter les travaux en terme d’étude/adaptation de l’OS pour chaque nouveau projet/objet et donc une réduction des coûts et des délais pour les constructeurs !

A contrario, une standardisation pourrait nuire à l’innovation au niveau hardware de nouveaux objets connectés. Ainsi, un OS standard pourrait imposer certaines contraintes de conception, ce qui serait un frein à l’innovation. Il serait alors dommage de ne pas pouvoir tirer parti de tous les potentiels avantages d’un objet devenu connecté.

Est-ce vraiment possible ?

Internet of Things Mosaic

Si on prend comme exemple le monde des smartphones, deux systèmes d’exploitation (iOS et Android) dominent le marché (+95% de part de marchés à eux deux). On peut alors parler de duopole, donc d’une certaine standardisation dans le domaine. Cependant, le monde des smartphones est assez restreint alors que celui des objets connectés est très vaste : montres, électroménagers, voitures, vêtements… sont de potentiels objets connectés. Il est alors très peu probable qu’un ou plusieurs OS soient assez agiles pour convenir à un panel aussi large d’objets ayant des caractéristiques techniques très différentes.

Tout n’est pas perdu cependant. Il est possible que des standardisations interviennent, mais seulement en fonction de la gamme d’objets (un OS dédié aux vêtements, un autre pour les voitures etc). Ou en fonction de la nature de l’innovation : médicale, sportive, domotique…. On pourrait ainsi voir apparaître plusieurs standardisations en fonction des familles d’objets. Cette standardisation ne devrait ainsi être possible que par secteur et seulement si des leaders parviennent à s’imposer sur des segments précis du marché. Cela tombe bien, pour le moment les acteurs de taille importante se concentrent sur certains domaines spécifiques : domotique, santé, objets « wearable », la standardisation au niveau de l’OS, mais aussi pour d’autre sujet technique, devrait ainsi passer par ces futurs géants !

Seulement le début des hostilités

Le marché n’est pour le moment pas stabilisé avec des rachats nombreux et réguliers et fortement marqué par un écosystème de start-up très florissant. Ainsi, on ne compte plus les différents acteurs qui se sont lancés dans la course pour imposer leur standard. On pense notamment à Google qui propose Brillo, un OS complétement dédié au monde des objets connectés. On peut également citer RIOT qui est issu de la recherche académique en France et en Allemagne, ARM qui a mis au point son mbed OS, Microsoft qui compte proposer Windows 10 IoT Core

En tout état de cause, une standardisation au niveau du système d’exploitation n’est donc pas pour tout de suite. D’autant plus que le système d’exploitation n’est pas le seul sujet à adresser lorsqu’on parle de standardisation technique dans le domaine de l’IoT. Plusieurs autres axes sont également à prendre en compte : box centralisée ou utilisation du Cloud pour échange d’informations, standardisation des protocoles de communication… Une chose est sûre, la bataille est lancée et devrait faire rage quelques temps avant qu’une tendance ne se dessine.

Commenter cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *