Robinhood, l’application de trading nouvelle génération, prépare son lancement sur l’Appstore

Il y a presque un an, nous vous avions parlé du projet Robinhood, une application de trading grand public destinée à redonner les cordons de la bourse au plus grand nombre, en supprimant purement et simplement les frais de courtages et de gestion.

Un an après, Robinhood entame sa phase finale de bêta-testing avant d’être officiellement lancée d’ici fin 2015.

Piqûre de rappel

screen-shot-2014-02-27-at-9-46-37-amPour comprendre le concept de l’application, il faut être familier avec les marchés financiers. Du trader au boursicoteur du dimanche, tout le monde sait que l’accès aux marchés financiers n’est pas « gratuit » : il faut en effet passer par l’intermédiaire de courtiers (banques, plateformes spécialisées, etc) qui imposent leurs conditions. En général, le broker demandera à son client une somme minimale à investir sur les marchés, et prendra systématiquement des frais de courtage sur chaque transaction. Par conséquent, il ne suffit pas de gagner de l’argent à la Bourse pour être bénéficiaire, il faut faire suffisamment de marge pour couvrir ces frais de courtages, et seulement ensuite encaisser les bénéfices. Ipso facto, les grands acteurs des marchés financiers parmi lesquels on retrouve les intermédiaire évoqués plus haut, vont agir avec des sommes massives, dont la fructification permettra rapidement de couvrir ces frais. En revanche, les petits investisseurs ne plaçant que de modestes sommes, n’ont que de maigres chances de s’en sortir gagnant.

Cette situation est évidemment largement défavorable aux petits porteurs, qui n’ont au final qu’un accès très restreint aux marchés financiers. C’est là tout l’enjeu de Robinhood : l’application entend tout simplement abolir les barrières à l’entrée des marchés financiers que sont principalement les frais de courtage, et ainsi permettre au plus grand nombre d’ y investir librement.

Petit bémol: Robinhood n’est pour l’instant annoncé que sur iOS, mais sera très probablement porté sur Androïd si le succès est au rendez-vous. De la même façon, l’application permet d’interagir uniquement avec les grandes places financières américaines (NYSE, NASDAQ, etc). Les bêta-testeurs ne pourront donc malheureusement pas acheter d’actions cotées sur les marchés européens dans l’immédiat. Mais là encore, ce n’est peut-être qu’une question de temps si l’application tend à se développer…

Rendre les marchés financiers à la portée de toutes les bourses

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Les transactions s’effectuent en quelques clics seulement

L’application permet de placer sur les marchés la somme que l’on souhaite : il n’y a aucun dépôt minimum à effectuer. Libre à nous d’acheter une seule action en bourse si on le souhaite. Une fois cet argent transféré sur un compte sécurisé chez Robinhood, il est possible de l’investir sur les marchés financiers ; d’y acheter et vendre des actions, sans payer le moindre frais sur nos transactions. C’est là que se situe la véritable révolution : n’importe qui peut désormais investir en Bourse. L’adolescent peut y miser son argent de poche, les familles à faibles revenus peuvent y placer leurs quelques économies, et le retraité peut essayer d’y faire fructifier son argent. Bref, les institutions et les banques n’auront tout simplement plus le même monopole sur les marchés.

Et pour ce faire, les créateurs de l’application Baiju Bhatt et Vlad Tenev ont levé pas moins de 16 millions de dollars auprès de grands investisseurs (dont Google Ventures), et ce sont 500 000 personnes qui se sont déjà inscrites sur la liste d’attente pour le bêta-test.

D’après les premiers utilisateurs, le résultat des deux ans de développement est bien au rendez-vous. L’interface est tout d’abord extrêmement ergonomique, épurée et agréable : tout le contraire de ce que l’on attend en général d’une application de finance. En un clic, on peut visualiser les cours des grandes places boursières américaines (pour l’instant), et de se constituer une liste de favoris que l’on verra s’afficher sur la page d’accueil. Et c’est ensuite tout aussi simple d’acheter ou de vendre.

Si on se fie aux premières statistiques disponibles sur le site de Robinhood, la moyenne d’âge chez les 500 000 « early users » est de 27 ans, contre 55 chez E*Trade, le Boursorama américain. Une preuve que l’application attire un public d’habitude exclu des considérations du monde de la finance.

Il suffit de voir cette vidéo de démonstration (en Anglais) pour comprendre à quel point l’application est accessible au plus grand nombre :

Mais est-ce que la simplicité est réellement possible, voire souhaitable, pour un programme qui traite d’un sujet aussi complexe et délicat que la Bourse ? Si les applications actuelles sont aussi obscures et compliquées, c’est parce qu’il est nécessaire de prendre en compte une infinité de facteurs, tels que l’historique du titre, les rapports de broker, etc. D’autant plus que, comme nous l’avons dit, Robinhood est destinée aux néophytes. En fait, la réglementation française impose même aux établissements bancaires et aux brokers d’informer suffisamment leurs clients. Il faudra donc voir à l’usage, si la simplicité de l’application ne se fait pas au détriment de l’information nécessaire pour investir sur les marchés…

L’incontournable question de la sécurité

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Chaque transaction est validée par la saisie d’un code PIN

Derrière les deux ans de développement se cache surtout une volonté affichée de sécuriser à 100% l’application. La sécurité est bien sûr indispensable quelque soit le type de programme ou d’application, mais elle est encore plus importante ici. Car n’oublions pas que la cible de Robinhood reste le grand public, et personne ne veut prendre le moindre risque quand il s’agit d’investir ses économies personnelles. Il a donc fallu à la start-up un lourd travail pour donner une image de sécurité et de fiabilité digne des plus grands établissements bancaires, chez qui on a en général plus confiance (ou pas) pour placer son argent.

Dans l’utilisation de l’application, cela se traduit déjà par un code PIN à saisir avant de lancer Robinhood ou de procéder à un mouvement sur les marchés. Pour simplifier la lourdeur des transferts d’argent par virement, l’application peut également s’interfacer avec nos comptes bancaires que nous possédons chez les plus grandes banques (américaines, pour l’instant). Il sera ainsi possible d’effectuer des virements quasi instantanément vers ou depuis son compte Robinhood.

Enfin, à l’instar de ses concurrents directs comme E*Trade, Robinhood est accréditée par la Securities and Exchange Commission (SEC), l’équivalent de l’AMF en France, qui assure nos placements jusqu’à $500 000 en cas de fraude ou de problèmes sur les marchés financiers. Parmi tous les projets liés aux marchés financiers, il est très rare de voir une application ou un logiciel remplir les obligations légales et d’être reconnu par les organismes de régulation. Une preuve de plus du sérieux de Robinhood.

Sans frais de courtages, la start-up devra trouver d’autres sources de revenus

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Sur l’écran d’accueil, on peut suivre les cours qui nous intéressent en un coup d’oeil

Les deux jeunes ingénieurs s’appuient déjà sur un principe simple : une banque dispose de biens, d’immeubles et d’employés qu’il faut nécessairement payer. Robinhood propose une solution entièrement dématérialisée : en dehors des serveurs et des quelques ingénieurs travaillant sur l’application, il n’y a pas de réseau d’agence, pas de murs, pas de campagnes publicitaires à couvrir. Ce sont des charges de structure infiniment moins lourdes qui pèsent sur la start-up.

En termes de revenus, Robinhood percevra les intérêts des sommes qui seront placées via l’application. Qui plus est, il sera possible aux utilisateurs de miser « à découvert » c’est-à-dire d’investir avec de l’argent « liquide » qu’ils n’ont pas sur le moment, empruntant alors de facto à la start-up. Ces découverts feront l’objet d’un certain taux d’intérêt facturés à l’utilisateur, qui fournira ainsi une deuxième source de revenus à la start-up.

In fine, la start-up compte également mettre une API à disposition d’autres développeurs et applications, moyennant finance évidemment.

Face à Robinhood, une oligarchie bien rodée

A ma droite, les poids lourds des marchés financiers que sont les banques et les investisseurs institutionnels. A ma gauche, les acteurs « full online », essentiellement les plateformes de types Boursorama, mais aussi les applications de finance comme celles Yahoo ou Google.

Les premiers, acteurs « Brick & Mortars », ne constituent pas de véritables rivaux pour Robinhood, puisque l’application restera quoi qu’il arrive un intermédiaire moins onéreux pour les petits porteurs. Quant aux seconds, seules les solutions gratuites s’adresseront en réalité à la même cible que celle de notre start-up.

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Chacun peut partager ses recommandations, et voir ses conseils notés par les autres utilisateurs

A l’heure actuelle, Robinhood possède néanmoins un avantage concurrentiel de taille : comme nous l’avons dit, c’est la seule application mobile qui a été accréditée par les autorités financières américaines. Les autres applications ne permettent pas encore cette instantanéité des transactions, ou du moins pas gratuitement. Elles s’appuient en général sur des traders en interne effectuant les opérations pour les utilisateurs, ou sur des réseaux beaucoup plus traditionnels (banques, fonds d’investissements, etc).

Mais combien de temps Robinhood pourra-t-elle se reposer sur ses lauriers ? Si une (relativement) si jeune et si petite start-up a pu proposer une application sécurisée et conforme aux standards en deux ans, pourquoi les mastodontes du web que sont Google, Facebook ou même Yahoo, ne l’ont pas encore fait ? Deux solutions : soit ce business n’a pas été jugé suffisamment intéressant pour eux, soit il ne reste plus à Robinhood qu’à compter les jours avant de voir débarquer sur le marché une application concurrente, supportée par les moyens bien plus considérables de ces grands groupes.

D’ici la fin d’année, Robinhood devrait donc élargir exponentiellement le nombre de ses bêta-testeurs, avant de devenir finalement disponible à tous sur l’Apple Store. Qui sait, peut-être tiendra-t-elle réellement ses promesses, et permettra au commun des mortels d’investir et de tirer profit lui aussi des marchés financiers.

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