Le M2M : Solution d’aujourd’hui ou de demain ?

Les technologies Machine to Machine visent à mettre en relation des objets communicants et les systèmes d’information, notamment ceux des entreprises. Les solutions M2M basées sur des cartes SIMs raccordées en GPRS et 3G sont arrivées à maturité il y a plusieurs années. Les experts prédisent donc une explosion du marché et l’ARCEP a même anticipé la saturation des numéros mobiles en dédiant une nouvelle tranche de numéros au M2M (numéros à 14 chiffres au lieu de 10).

Pour autant, ces prédictions enthousiastes peuvent masquer une réalité moins rose. Les opérateurs indiquent aujourd’hui travailler sur de trop rares projets de grande envergure (plusieurs dizaines de milliers de SIMs). Un plus grand nombre de petits projets de déploiement (quelques milliers) sont en cours, s’apparentant surtout à des expérimentations. Les marchés les plus porteurs ne sont pas encore d’actualité à l’heure où fournisseurs et clients abordent encore les projets M2M avec prudence.

Les offres M2M continuent à se construire

Les solutions M2M en 3GSi les technologies sont matures, les opérateurs n’ont pas tous finalisé le packaging des offres associées. La peinture n’est pas toujours sèche et cela se ressent notamment lors des projets de déploiement de nos clients. Ainsi, les opérateurs n’ont pas encore eu le temps de se roder sur l’ensemble des aspects techniques et/ou financiers. Les détails techniques et organisationnels des solutions proposées peuvent ne pas convenir aux besoins exprimés.

Les projets de déploiement permettront d’identifier les problèmes et de travailler avec l’opérateur sur les évolutions nécessaires (architecture de facturation, adressage dynamique, etc). On voit ici l’intérêt de tester sur des prototypes et/ou une vraie phase de pilote avant de passer à une phase industrialisée. Surtout dans des contextes particulièrement proches du métier et qui impactent donc directement le business de l’entreprise.

Le passage au M2M IP, presque à marche forcée

À nouveau, la maturité technologique contraste avec le niveau de maîtrise utilisateur. Certains de nos clients, dont les installations industrielles ne nécessitent pas d’importants débits, ont toujours travaillé sur les mêmes technologies RTC (Réseau Téléphonique Commuté, il s’agit du réseau téléphonique classique) ou GSM (la téléphonie mobile 2G). Ils n’ont pas cherché à préparer l’arrivée du M2M et donc de cartes SIMs raccordées par un réseau IP au système d’information de l’entreprise.

Appréhender les contraintes de l'IP pour le M2MPour les clients voulant profiter des fonctionnalités apportées par l’IP (portails Web facilement accessibles, volumes de données plus importants, configuration à distance), cela peut demander une transformation majeure de leur écosystème : machines, liens télécoms, infrastructure centrale. Les projets sont donc lancés sur des opportunités, et toujours avec prudence. En cela encouragés par un certain attentisme des fournisseurs de matériels. Les protocoles propriétaires restent parfois d’actualité pour les fournisseurs de matériels industriels.

 

On peut citer par exemple le domaine de l’automatisme de chaufferie où certains constructeurs commencent à peine à rendre leurs appareils compatibles avec l’IP et avec une certaine lenteur (Adressage statique uniquement). Les acteurs métiers en charge de l’installation des équipements doivent alors rapidement monter en compétence avec l’appui des équipes DSI qui découvrent de leur côté des environnements métiers qui leur étaient autrefois méconnus. Une fois ces premières difficultés dépassées, les intervenants peuvent être fortement motivés par ces ouvertures sur de nouveaux domaines. Il est nécessaire d’être vigilant pour que les évolutions se fassent dans un contexte apaisé et non pas dans la crainte de se voir dépossédé de ses responsabilités.

Plusieurs freins restent à lever

Il est possible de déployer facilement les solutions M2M IP lorsqu’elles ont pour but de fournir uniquement un accès vers Internet. Mais, dans le cadre d’un accès sécurisé au réseau privé de l’Entreprise, l’offre de service va nécessiter la mise en place d’une infrastructure dédiée. Cette infrastructure doit être sécurisée tout en permettant la conservation de fonctionnalités autrefois disponibles en RTC/GSM mais difficiles à offrir sur un réseau privé IP (accès directs des intégrateurs et clients aux équipements connectés).

Le budget nécessaiDe la 2G à la 3G : un pas reste à franchirre peut alors être conséquent et cela sans compter les coûts de formation des utilisateurs et des équipes RUN. Les SIMs M2M 3G doivent remplacer les SIMs utilisant actuellement le GSM Data en priorité (même utilisation du réseau mobile, meilleures performances). Pour autant, les offres GSM Data restent très intéressantes en termes de coûts et l’éligibilité en termes de couverture mobile est plus importante à ce jour. Quant aux performances offertes par cette technologie, elles restent largement satisfaisantes pour répondre à des débits faibles. On serait donc tenté de mettre en doute la viabilité immédiate du M2M IP sur ce segment. Mais, sur des débits plus importants, le M2M IP n’est pas davantage adapté à l’heure actuelle. Les performances restent très dépendantes d’une excellente couverture 3G et, même dans ce cas, les accès M2M n’offrent pas des débits équivalents aux débits maximums qu’il est possible d’atteindre avec des accès ADSL.

On peut également noter que, si le modèle de facturation sous forme de forfaits mobiles peut aider à construire le Business Case de la solution, il faut prendre garde à la volatilité des consommations 3G. On retrouve ici le même problème qu’ont pu poser les Smartphones avant l’avènement des forfaits illimités (un problème toujours d’actualité à l’étranger avec les factures de roaming). Un seul équipement mal configuré ajouté à une absence d’alertes opérateurs et une seule ligne pourra faire exploser la facture du parc. Afin de contenir ces risques, il sera nécessaire de pouvoir s’appuyer sur une connaissance optimale des modèles de consommations (historiques de facturation, maquettes) voire d’associer à la solution des sondes internalisées à même de contrôler le trafic en temps réel.

Un positionnement encore incertain

Compte tenu de ces éléments, le choix du M2M IP comme solution reste dépendant d’un certain nombre de critères qui peuvent limiter son adoption face à d’autres solutions mieux installées : sécurisation, coût, performances, couverture géographique. Le M2M IP ne peut pas encore prétendre l’emporter sur les autres technologies dans tous les scénarios d’utilisation.

Pour dépasser ces obstacles et les hésitations des futurs clients, il sera sans doute nécessaire d’attendre que les coûts continuent à diminuer et que les opérateurs aient renforcé leur niveau d’accompagnement. Les déploiements massifs envisagés dans le marché de l’automobile (pour chaque voiture une SIM M2M) pourraient justement être le moyen permettant d’atteindre ces deux objectifs et de faire passer le M2M dans une autre dimension.

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