E-santé et m-santé : quels usages et quels acteurs, aujourd’hui et demain ? (Partie 1)

Les termes d’e-santé (ehealth en anglais, ce terme désigne tous les aspects numériques touchant de près ou de loin la santé) et de m-santé (mhealth, cela concerne plus particulièrement les aspects mobiles de l’e-santé) sont à la mode et apparaissent comme une évolution inéluctable pour la santé. Si les différents acteurs du monde de l’e-santé (équipementiers, opérateurs…) ne semblent pas remettre en doute l’explosion des nouveaux usages à forte valeur technologique dans le monde hospitalier, la véritable démocratisation de ces outils est loin d’être pour demain.

De nombreuses initiatives sont ou ont été prises pour faire avancer ce nouveau marché mais ces pilotes se heurtent à un milieu médical relativement lent – voir réfractaire – au changement. C’est d’autant plus le cas en France qu’à l’étranger : sommes-nous prêts à embrasser les nouvelles technologies au sein de nos hôpitaux ? Si oui, quelles technologies pour demain et après demain ? Et quelle place pour les nouvelles technologies dans notre santé au quotidien ?

Du patient passif au patient actif

Dans les faits, le marché se joue pour l’instant plutôt à l’extérieur des hôpitaux : accompagnement des patients en amont de leur hospitalisation, offre de contenu pendant leur hospitalisation puis suivi post hospitalier de certains types de patients. Ainsi la plupart des offres sont proposées pour simplifier la vie des patients atteints de maladies chroniques : insuffisances cardiaques, diabètes… mais aussi les seniors ou les personnes handicapées vivant à domicile et ayant besoin d’une assistance spécifique.

Au niveau des hôpitaux, les grands travaux tournent autour du DMP (dossier médical personnel) et de toutes les opportunités offertes par cette numérisation et cette centralisation des données. Celles-ci sont modifiables par le personnel médical mais seulement consultable pour les patients : la relation reste asymétrique.

Alors que la tendance pour les consommateurs / patients, dans les années à venir, est de se placer au centre de leur santé, d’en devenir acteurs. Et un des aspects les plus prometteurs de l’e-santé dans ce contexte est la m-santé. Ces solutions tendent en général à faciliter le quotidien du patient et des médecins par un allégement du nombre de visites, et ce grâce à une transmission des données transparentes pour l’usager. Leur développement repose en grande partie sur l’explosion des smartphones et au sens large des nouveaux outils multimédia, tablettes en tête.

Ces outils simples qui touchent un public toujours plus large constituent un des catalyseurs de l’évolution de la m-santé : alors que plus de 25% des séniors (50 ans et plus) n’utilisent pas internet (Sondage TNS Sofres pour Notre Temps) l’ergonomie des tablettes et l’adaptation du matériel aux personnes réfractaires à l’informatique (téléphone Doro, pack Hello d’Orange ou Family Connect de SFR, ordinateurs Ordissimo…) permettent d’étendre la base utilisateurs et de toucher un public sensible aux problématiques santé.

Peurs et freins à tous les niveaux

Les professionnels sont plus sujets à des freins structurels : Michel Gagneux, président de l’ASIP , déclarait lors du colloque annuel Tic&Santé, le 1er février dernier : « La France commence à prendre un retard avéré en matière d’e-santé. Les outils existent, mais les freins structurels sont puissants » (Les échos). Les principaux freins sont juridiques (cadre légal très strict), organisationnels (quel rôle pour quel professionnel) et ethiques / sécuritaires (gestion des données confidentielles).

Du côté du grand public, il subsiste également de nombreuses peurs : qu’en est-il de mes données, qui les exploitent et sont-elles sécurisées ? Comment vais-je accéder à mes informations, pourrai-je les comprendre ou les modifier facilement ? La technologie peut faire peur, il faut donc répondre à ces questions sur deux niveaux : rationnel et émotionnel.

– L’aspect rationnel : pour réussir dans le milieu médical il est indispensable d’être le plus transparent possible quant à sa solution, à ses bénéfices mais aussi à ses limites. Un argumentaire et une communication parfaitement maitrisés vont permettre de faire connaître sa solution tout en gardant au maximum le contrôle sur son image.

– L’aspect émotionnel : la santé est un sujet délicat, au croisement de l’éthique et du business. Les acteurs commerciaux doivent donc agir avec prudence quand les acteurs institutionnels doivent travailler à leur modernisation et à mieux faire accepter le changement. De plus la question des données privées est à aborder localement : si les américains rechignent peu à transmettre leurs données à des sociétés privées, ce n’est pas le cas de l’Europe, et en particulier de la France. Tenir compte de l’aspect humain est primordial.

 

Impossible d’être exhaustif lorsque l’on aborde le domaine de l’e-santé comme de la m-santé : les frontières entre les deux sont floues, les usages en gestation, et les nombreux projets en cours ne font que dessiner l’avenir d’un secteur très vaste et aux multiples facettes. Nous aurons donc l’occasion d’y revenir bientôt, en se penchant notamment sur ces projets novateurs et sur les acteurs de l’écosystème mobile. En attendant, si vous êtes intéressés par les problématiques de nouvelles technologies au sein de la santé, vous pouvez déjà noter dans votre agenda le salon HIT (Health Information Technologies) du 17 au 19 mai, porte de Versailles.

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